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À propos

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ÉDITORIAL

 En cette rentrée où le virus refait malheureusement parler de lui, souhaitons que les nouvelles mesures prises par le gouvernement restent proportionnées à la dangerosité réelle de la pandémie.

 Entre démission et lâcheté, l’Europe faillit à son devoir de solidarité. L’eau : celle de la Méditerranée, qui engloutit les rafiots de malheur des candidats à la survie, fuyant pour la plupart la guerre et les massacres en Libye. Plus de 500 anonymes ont encore sombré depuis le début de cette année. La mer où les navires de sauvetage, dépêchés par des ONG vaillantes comme SOS Méditerranée, se voient empêchés d’agir, immobilisés de force sous mille prétextes administratifs indignes, au mépris du devoir de sauvetage inscrit dans le droit maritime international.       

 Compter les morts. L’image du directeur général de la santé, chaque soir à la télévision, dénombrant les décès du jour, restera l’un de marqueurs de la première vague de la pandémie engendrée par le SARS-CoV-2. Alors que tous les signaux épidémiologiques pointent la menace, au-delà du rebond actuel, d’une deuxième vague dans les prochaines semaines, ce chiffre a cédé la place à d’autres indicateurs : nombre de cas positifs, taux de positivité parmi les tests effectués, hospitalisations… Le fait que l’accent ne soit pas mis sur le nombre des morts, il est vrai bien plus faible qu’au printemps, est interprété par certains comme le signe de la poursuite d’une « gestion par la peur » d’une épidémie qui serait terminée ou presque.

 Le feu : des flammes gigantesques ont ravagé Moria il y a quelques jours. Moria ? Le plus peuplé des camps de migrants en Europe, « hotspot » loin des yeux et loin du cœur, posé sur l’île grecque de Lesbos. Parti en fumée, Moria l’insalubre, ce camp infernal quatre fois plus peuplé que ses capacités d’accueil. 12 000 hommes, femmes et enfants demandeurs d’asile y survivaient à bout de nerfs, entre violences, chantages mafieux et risques sanitaires. 12 000 damnés désormais sans abri, éparpillés dans la nature, coincés en bout d’île par la mer d’un côté, et par la police grecque de l’autre. Quelques chanceux seront accueillis au compte-gouttes par une poignée de pays volontaires.           

DES VALEURS LAISSÉES POUR COMPTE   

 Le feu et l’eau, symboles des éléments qui se déchaînent sur l’enfer des routes de l’exil, mais aussi de l’échec de l’Europe. Sans politique commune et pérenne, les pays européens laissent l’Italie et la Grèce se débattre en première ligne. Entre démission et lâcheté, l’Europe faillit à son devoir de solidarité. Depuis cinq ans, elle piétine les valeurs humanistes qui la fondent. Nombre de responsables de bonne volonté continuent pourtant à se battre avec ardeur et un nouveau « pacte pour la migration et l’asile », très attendu, sera annoncé à la fin du mois. Entre-temps, l’opinion publique a détourné le regard. Nous avons d’autres problèmes, parmi lesquels la crise économique déclenchée par notre gestion du Covid-19. Pourtant, cette nouvelle crise mondiale poussera mécaniquement d’autres personnes sur les routes… bravant tout à la fois le rejet des Européens, le feu et l’eau. 

DIANA ABDOU 

PDG Faunes et FEMMES MAGAZINE