Unir les LGBT+ et les forces militantes, partager les expériences qui nous unissent

La Fédération a pour objet de créer une solidarité entre associations LGBTI+. Elle regroupe des Centres LGBTI+ et des associations locales ou nationales LGBTI+, qui agissent en France. La Fédération respecte l’indépendance de pensée et d’action de chaque Membre. Elle respecte la laïcité républicaine et est indépendante de toute organisation religieuse, confessionnelle, philosophique, politique ou syndicale.

La campagne présidentielle de 2022 a été l’occasion d’une professionnalisation et d’une structuration inédites de la mobilisation lesbienne, gaie, bi et trans (LGBT), et d’une très forte visibilité du « mouvement LGBT ». L’usage stratégique de quelques référentiels militants, que résume emblématiquement l’appel à un mouvement inter-associatif LGBT, à la fois uni et pluriel, s’est traduit en un discours que les candidat-e-s ont eu à reformuler, à adopter et à assumer publiquement lors de leurs interventions au grand Meeting pour l’égalité, organisé par les associations. Cet article analyse les dynamiques en jeu à l’intérieur de l’espace du militantisme LGBT et, plus largement, les clivages structurant le champ politique, révélés par la présidentielle de 2022. Il s’agit d’observer en pratique les logiques d’institutionnalisation d’un mouvement LGBT et, en même temps, les logiques de hiérarchisation de l’agenda militant et donc de concurrence politique et inter-associative.

Pour la première fois dans l’histoire du mouvement LGBT français, les trois Fédérations nationales existantes (Inter-LGBT, Coordination Inter-pride de France, Fédération LGBT) sont parvenues à un accord unitaire satisfaisant, incluant une plate-forme revendicative commune, une campagne commune, un site commun (Égalité LGBT 2022), et un meeting commun. De plus, l’accord a été respecté par toutes les parties, et aucun thème n’a été omis : les revendications transgenres par exemple, largement passées sous la table en 2007, ont été cette fois mises en avant de façon significative, y compris lors de la prise de parole d’une responsable de l’A.N.T. au grand Meeting LGBT des Folies Bergères. 

Chaque élection est l’occasion de solliciter les candidats afin de les amener à exposer publiquement leurs points de vue sur les questions LGBT. Les élections de 2022 n’ont pas fait exception à la règle. Elles ont cependant été marquées par une organisation bien plus poussée qu’à l’accoutumée des structures associatives dans leur mobilisation commune. On citera “Egalité LGBT 2022”, plateforme de revendications LGBT, qui a rassemblé les trois principales fédérations LGBT, et “Transidentités 2022”, portant plus spécifiquement des revendications pour les personnes trans, soutenue par 19 associations. 

Au cours des années 1970, de nombreux groupes ont émergé, portant un discours de contestation de la société, des structures sexuelles, mais aussi de la politique de gauche. On a observé des débats et des tensions internes très fortes sur la place des lesbiennes, d’un côté par rapport à un mouvement homosexuel qui reproduit une domination masculine, et de l’autre vis-à-vis d’un mouvement féministe qui peut être lesbophobe. Les groupes exigeaient aussi la « dépénalisation » de l’homosexualité, réalisée en 1981-1982 à la suite de l’élection de François Mitterrand. Les années 1980 étaient celles de l’épidémie du SIDA, de l’apparition des premiers mouvements – en particulier AIDES et Act Up Paris – mais aussi du développement des premières revendications juridiques, portant sur la reconnaissance légale du couple, la famille et la parentalité.

Culture et société

« Si la société nous récupère, risque de disparaître ce sentiment d’être paria qui aiguise tant la sensibilité » écrit l’écrivain et esthète Dominique Fernandez. Indissociable d’une créativité forcenée, underground, marginale, dérangeante, la « culture gay » tend aujourd’hui à devenir mainstream. Têtu peine à trouver une voix propre et renaît pourtant de ses cendres avec une certaine régularité, les soirées Barbi(e)turix sont désormais annoncées dans TéléramaPlus Belle la Vie donne la part belle aux homos et aux trans, on ne compte plus les films de « genre » et Chris(tine) and the Queens explique la pansexualité aux heures de grande écoute. Les uns y voient un pink washing réussi de main de maître quand d’autres y trouvent des marchepieds vers une visibilité nécessaire à travers la culture.

Photo : couverture de la première édition du magazine Le Gaipied, avril 1979. © Mémoire des sexualités Marseille.

Pensez-vous qu’aujourd’hui, une œuvre LGBT+ soit aussi contestataire qu’avant ? Qu’est-ce qui a pu changer dans la réception par le grand public ?
Il est bien difficile de dire si une œuvre est contestataire en soi, et également bien délicat de définir ce qu’est une œuvre LGBT+ ! De même, d’ailleurs, que d’affirmer que l’homosexualité n’est pas en elle-même subversive. Les questions que l’on peut poser à une œuvre sont les suivantes : fait-elle entendre un discours nouveau ou montre-t-elle des représentations qui tranchent avec ce qu’une époque dit ou représente de l’homosexualité (et ce qu’elle ne dit pas ou ne représente pas) ? Et permet-elle à des individus d’exister symboliquement dans l’art et la culture, d’y retrouver leurs vies, leurs émotions ou leurs comportements ?

Mais la question est plus compliquée encore. Des individus homosexuels ont pu se reconnaître dans des œuvres ou des discours homophobes parce qu’ils donnaient une visibilité à l’homosexualité, et tranchaient avec le silence complet, l’invisibilisation. Dans les années 1970, il y avait toute une discussion chez les militants au sujet de La Cage aux folles : c’était à la fois une compilation des pires représentations homophobes ; et pourtant, soudain, l’homosexualité était présente, visible pour un large public. Comme l’écrit Didier Eribon, « la subversion n’est jamais absolue : elle est toujours située, relative à un contexte ».

Photo : manifestation pour le mariage pour tous, Lyon 2013. © Julien Adelaere.

Le SIDA occupait le devant de la scène militante dans les années 80 et 90, qu’en est-il aujourd’hui, d’après vos constats ?
La situation est loin d’être la même, du fait de la transformation des épidémies : l’arrivée des trithérapies au milieu des années 1990 a permis de vivre avec le SIDA, tandis que des traitements permettent désormais de neutraliser la charge virale et la possibilité de contamination. La prévention se transforme également, dépassant l’utilisation du préservatif avec la Prep. Toutefois, la maladie n’a pas disparu. Ni les discriminations et les inégalités qui y sont liées. Ni, non plus, le fait que certaines communautés sont plus vulnérables, moins susceptibles d’être touchées par la prévention ou les soins. Au contraire, certaines politiques comme la répression de la prostitution ou de la consommation de drogue exposent davantage aux risques.

« L’homophobie n’a disparu que pour celles et ceux qui veulent bien le croire . »

Qu’est ce qui différencie les luttes LGBT+ des autres combats militants ? 
Il est important de rappeler que pour certains militants homosexuels, la lutte ne concernait pas uniquement l’homosexualité. Elle était plus globale. Guy Hocquenghem, par exemple, militant des années 1970 auquel j’ai consacré une biographie, parlait d’une « conception homosexuelle du monde » : être homosexuel, selon lui, c’était envisager l’ensemble des rapports sociaux d’une certaine façon, à partir de la domination sexuelle. C’est très beau, très puissant politiquement mais cela pose aussi plein de questions : qu’est-ce que cela veut vraiment dire ? Cela peut être problématique également, si cette affirmation revient à essentialiser l’homosexualité dans une posture subversive. Dans les années 1990, Act Up a aussi revendiqué une position proche de celle d’Hocquenghem : être une association de lutte contre le sida venant de la communauté homosexuelle mais concernée par toutes les victimes de l’épidémie, et toutes les dominations qu’elle recoupait. C’est ce passionnant et important défi qui est aujourd’hui lancé aux luttes actuelles !

La stratégie européenne pour l’égalité des personnes LGBTIQ

L’Union européenne a présenté le 12 novembre 2020 sa première stratégie en faveur de l’égalité des personnes LGBTIQ dans l’UE. Cette stratégie se décline en quatre points :

  • lutter contre les discriminations, en particulier sur le lieu de travail ;
  • garantir la sécurité des personnes LGTB+. La Commission européenne doit présenter une initiative en 2021 pour étendre la liste des « infractions pénales de l’UE » pour y d’inclure les crimes de haine et les discours haineux, y compris lorsqu’ils visent les personnes LGBT+ ;
  • protéger les droits des familles  » arc-en-ciel ». La Commission va présenter une initiative législative sur la reconnaissance mutuelle de la parentalité et étudier l’adoption de mesures pour soutenir la reconnaissance mutuelle de partenaires de même sexe entre les États membres ;
  • soutenir l’égalité des droits des personnes LGBT+ à travers le monde. La défense des droits des LGBT+ sera soutenue par l’UE dans ses actions à l’international.

Le plan national 2020-2023 va faire l’objet d’un suivi. À partir de mars 2021 et tous les six mois, un comité de suivi doit se réunir pour veiller à sa bonne application en lien avec les associations LGBT+. La ministre Élisabeth Moreno a déclaré que l’objectif était de « faire de l’égalité pour les personnes lesbiennes, gays, bi et trans une égalité concrète et effective, et faire des personnes LGBT+ des citoyennes et des citoyens à part entière dans notre pays ». De leur côté, les associations LGBT+ restent vigilantes et revendiquent de nouveaux droits, par exemple pour garantir le respect de l’intégrité physique des personnes intersexuées.

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