S’engager pour l’avenir professionnel des jeunes  et l’avenir du travail

Les politiques de l’enseignement supérieur encouragent depuis 2017 les étudiantes et les étudiants à s’engager, en valorisant dans les cursus universitaires leurs activités bénévoles. Comment ces engagements s’articulent aux parcours scolaires et professionnels ? 

TÉMOIGNAGES : Au début du mois de mars, « Diana Unlimited » a fait parler les jeunesses françaises lors d’une journée qui leur était consacrée. Celles et ceux qui ont entre 18 et 30 ans ont pu raconter leur vie et leur vision de l’avenir, leurs peurs et leurs rêves, à travers la diversité de leurs profils, de leurs trajectoires et de leurs aspirations.

A travers leurs lignes qui prennent parfois des allures de manifeste, il y a des constats amers et parfois douloureux. Il y a des attentes déçues et des rendez-vous manqués. Des conséquences diverses à l’urgence de voir changer les choses, des idées de rupture. Des élans d’engagement, et des montées d’incertitudes. Des envies de concret. Il y a aussi l’expression d’un manque de confiance qui tend à une certaine défiance. Le regret, souvent, d’un décalage trop marqué entre le discours politique et la réalité des problématiques de ces jeunes, qui se sentent dévalorisés, peu considérés, mais qui, pourtant, ne reculent pas et tentent de faire entendre ce qui leur est cher. De diverses manières.

Nous avons souhaité recueillir leurs mots pour faire entendre leur parole, dans le contexte de l’élection présidentielle. Comment voient-ils l’avenir ? Leur avenir à eux ? Qu’attendent-ils des politiques, de la politique en général ? Vont-ils voter, et pourquoi ? Est-ce pour la première fois ? Quelles sont les idées qui les portent ? Les valeurs qui leur tiennent à cœur ? Sollicités sur notre site et sur les réseaux sociaux, des 18-30 ans nous ont envoyé des centaines de témoignages. En voici quelques extraits.

« Nous, on n’a pas peur, on veut avancer pour notre avenir »

Mathieu, 16 ans

« La politique, c’est la lutte, c’est la jeunesse en quête de nouveau et d’avenir. Mais que nous offre-t-elle aujourd’hui ? Quel est l’intérêt des éternels débats sur la sécurité, l’immigration, la nostalgie d’avant ? Nous, on n’a pas peur, on veut avancer.

L’impression amère d’un retour en arrière. Les pauvres créent la richesse, mais ce sont eux qui s’appauvrissent. Une planète en ruine. Nous subissons vos actions. Nous endossons vos responsabilités. Comment lutter ? L’extrême gauche peut-être, du radical, du changement, du bouleversement. Abolir le capitalisme. S’échapper de cette lente agonie. » Il faut nous intégrer de force à ce système qui ne nous ressemble pas ou nous considère comme une jeunesse désabusée, sans valeurs ni convictions. Vous nous abandonnez dans une société en destruction. Faire payer les services publics ? Mener des guerres impérialistes ? Conditionner l’avortement ?

« Les jeunes souffrent, les politiques montrent du doigt les minorités »

Bryan, 25 ans, Mulhouse

« Je trouve cela insupportable que les jeunes soient exclus du débat pour des considérations électoralistes alors qu’ils vont hériter des conséquences de la plupart des décisions prises aujourd’hui. 

L’impression qui domine de cette campagne présidentielle, c’est évidemment que la plupart des politiques semblent complètement déconnectés de la réalité. Seuls quelques candidats mettent en valeur des propositions concrètes pour la jeunesse, et principalement à gauche. Il n’empêche que la campagne est toujours dominée par des thèmes liés à la sécurité, l’immigration. On a le sentiment qu’on est piégés dans un cercle vicieux où les politiques délaissent la jeunesse qui ne vote pas ou qui fait le choix de ne pas voter, ce qui renforce d’autant plus la sensation de ne pas être écouté. Aujourd’hui, après deux ans de pandémie, nous avons besoin d’un horizon clair, d’une vision à moyen ou long terme : quelle politique sociale pour permettre aux étudiants de ne pas jongler entre aide alimentaire et petits boulots ? Comment se préparer aux conséquences du réchauffement climatique ? Comment sortir durablement les gens de la précarité ? »

« Je me bats tous les jours pour faire vivre le débat et l’échange »

Mathieu, 21 ans, étudiant en L3 droit-science politique à l’université Toulouse-I-Capitole

« Actuellement président d’une section de l’association Le Parlement des étudiants à Toulouse, je me bats tous les jours pour faire vivre le débat et l’échange auprès de la jeunesse. (…) J’aurai voulu m’engager dans la campagne, mais avant tout pour faire entendre mes idées, les partager et discuter, pas seulement venir écouter bêtement un programme prévu des mois à l’avance pour une portion de la population qui ne vote plus, à savoir les jeunes. J’ai l’impression d’entendre tous les jours que la jeunesse ne veut pas s’engager, qu’elle ne fait pas bouger les choses, voire, parfois, qu’elle est responsable de la situation actuelle, tant sociale qu’écologique. Or, du fait de mon expérience associative, je comprends que les jeunes veulent s’engager et avoir un poids, sauf qu’ils sont constamment raillés, oubliés, pas écoutés, quand on ne limite pas leur expression. »

« Mon avenir ne passe plus par la politique »

Marie, 28 ans, juriste, Gif-sur-Yvette (Essonne)

« Dès mon adolescence, je me suis fortement intéressée à la politique. Sauf que, au fur et à mesure que je suis entrée dans ma vie d’adulte, je m’en suis éloignée pour, aujourd’hui, à 28 ans, éprouver un rejet complet des discours politiques. J’ai souffert de mon quotidien d’étudiante en droit, obligée de travailler à temps partiel pour pouvoir me nourrir. On n’entend parler que d’immigration ou d’insécurité alors que notre planète brûle. Quel décalage face à une jeunesse qui a tant envie de faire bouger les choses ! Les scandales politiques à répétition ont achevé de me convaincre qu[e les élus] ne sont pas dignes de nous représenter. Aujourd’hui, mes engagements ne passent donc plus par la politique et c’est tant mieux. Aujourd’hui, mon salaire ne me permet pas de profiter de ma vie comme je le souhaite malgré mon statut de cadre, tant le coût de la vie est élevé. J’ai le sentiment que nos représentants politiques ne connaissent pas cette réalité. »

« Pour nous, ça relève de la survie »

Adeline, 20 ans, étudiante, Normandie

« Parfois, j’ai vraiment l’impression que l’écologie est une simple option qu’on choisit ou non d’insérer dans son programme. Peut-être que c’est vraiment le cas pour certains candidats, mais pour nous, ça n’en est pas une, ça relève de la survie. J’ai 20 ans et j’éprouve de l’éco anxiété. J’ai peur pour mon avenir et pour celui de la planète, et je suis obligée de manifester parce que les politiques ne nous entendent pas ou très peu. Pourtant, c’est un sujet qui touche absolument tout le monde, mais bon, il faudrait sans doute qu’on ait affaire à quelque chose de pire qu’un été mondial incendiaire, des pluies diluviennes incessantes et des prévisions catastrophiques du GIEC pour lever le petit doigt. J’ai bien l’intention de voter en avril, et j’invite tous mes proches à le faire. Pourquoi ? Parce que c’est notre avenir qui est en jeu. »

« Les luttes écologistes et pseudo-égalitaires défendues par une partie de ma génération prennent un tournant que je n’approuve pas »

Benjamin, 25 ans, Limoges

« Je travaille dans le secteur de la justice. Je m’intéresse à la politique depuis mes 18 ans et j’ai toujours été politisé, plutôt à droite. Eric Zemmour est celui par qui je me sens le plus écouté. Les changements démographiques qu’il pointe me sont visibles dans la rue. Le lien entre immigration et délinquance me paraît loin d’être fantaisiste au regard de ce qu’il m’est donné à voir dans les tribunaux. J’ai mal vécu les deux ans de restrictions sanitaires, que je juge disproportionnées et injustes pour les jeunes. Ma sympathie va donc aux politiques qui souhaitaient leur allègement. Les luttes écologistes et pseudo-égalitaires défendues par une partie de ma génération prennent un tournant que je n’approuve pas. Je souhaite un retour à la raison. Ma vision de l’avenir est plutôt pessimiste. Je n’attends pas de la politique qu’elle révolutionne le monde. »

« Combien de fois ai-je entendu “vous êtes jeune, ça vous passera” ? »

Sophie, 29 ans, salariée dans une association de protection de l’environnement

« Combien de fois ai-je entendu “Vous êtes jeune, ça vous passera” ? J’ai 29 ans, et j’ai encore l’espoir que la vision d’un monde plus solidaire et plus respectueux de l’environnement que je portais à mes 16 ans se concrétise. Je pense que la jeunesse est souvent traitée avec condescendance par les personnes plus âgées (et pas seulement les politiques), car nous incarnons (majoritairement) des idées de rupture. Depuis 2017, je vote pour Jean-Luc Mélenchon. La France insoumise porte, à mon sens, le programme de rupture dont notre pays a besoin pour se sortir du bourbier identitaire dans lequel il s’est enlisé. Je m’estime chanceuse, car j’ai toujours eu de quoi vivre, même si j’ai connu des galères (le service civique quand on a un loyer à payer, quelle blague). Mais pas nécessairement heureuse. On a grandi et on évolue dans un environnement très sombre “d’urgence” permanente. Comment ne pas être pétrie d’angoisses pour l’avenir ? »

« On parle peu de l’accessibilité à la propriété ou des loyers dans la campagne, alors que le logement est un des postes de dépense les plus importants »

Luc, 23 ans, étudiant, futur ingénieur

« Un système par les vieux, pour les vieux : c’est bien simple, étant donné que ce sont les vieux qui votent, les différents partis (encore plus Les Républicains et La République en marche) font tout pour les séduire et maintenir leurs privilèges. A chaque fois qu’on parle d’une réforme des retraites, pourquoi elle ne s’appliquerait qu’aux moins de 40 ans et pas aux retraités actuels ? Je préférerais largement qu’on baisse les pensions de retraite de l’ensemble des retraités (sauf pour les bas salaires) plutôt que l’on augmente les cotisations ou l’âge de départ. Idem pour la crise de la Covid-19, où le confinement des plus de 65 ans a été catégoriquement refusé. Parlons aussi du logement, la “génération Z” fait partie des grands perdants. C’est un problème majeur pour les jeunes que les prix de l’immobilier aient augmenté bien plus vite que les salaires depuis 1990. Pourtant, on parle peu de l’accessibilité à la propriété ou des loyers dans la campagne, alors que le logement est un des postes de dépense les plus importants. »

« J’ai subi la stigmatisation en tant que chômeur puis allocataire du RSA »

Paul, 29 ans, aide-soignant, Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques)

« J’ai un diplôme d’arts graphiques et un brevet pro de libraire. Après mes études à Paris et un emploi, j’ai découvert la précarité. Célibataire et sans enfant, je n’étais jamais prioritaire pour des formations pro. J’ai découvert ce que c’est que de vivre avec 475 euros par mois et devoir pour cela rendre des comptes à un service social départemental. J’ai aussi fait l’expérience du retour chez mes parents en province. Et bien sûr, j’ai dû avoir recours à une banque alimentaire. J’ai subi ce déclassement comme une humiliation. Une fois au RSA, j’ai enfin pu accéder à une formation d’assistant de vie. Aujourd’hui, je suis aide-soignant en psychiatrie-gérontologie. J’ai subi la stigmatisation de la classe politique en tant que chômeur puis allocataire du RSA. Maintenant, je suis franchement hostile aux professionnels de la politique. Je n’ai plus aucune confiance en eux. Alors que je votais à toutes les élections, j’ai décidé de ne plus y participer. Je me concentre sur ma vie et celle de mes proches et je me désintéresse des problématiques sociétales. »

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