Marine Le Pen féministe ? Le bonheur auquel chacun aspire

Toute classe qui aspire à la domination doit conquérir d’abord le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l’intérêt général. La hantise de se distinguer, intellectuellement ou par ses mœurs, m’a toujours semblé aussi vulgaire que vaine. Aujourd’hui où tout le monde aspire à l’exception, l’originalité consisterait plutôt à s’accommoder des routines et des conventions ou, en tout cas, à en donner l’apparence.

Depuis le début de la campagne présidentielle, Marine Le Pen n’hésite plus à se prétendre féministe. En Bourgogne, les associations féministes alertent sur les mensonges et le danger que représente la candidate d’extrême droite, qui a longtemps œuvré pour abroger le droit à l’avortement et défendu une vision conservatrice de la famille.

By Diana ABDOU

Le 19 avril 2022

Élire une femme présidente de la république pour défendre les droits des femmes ? L’idée conduit de nombreuses femmes à soutenir la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle. Depuis 2012, on estime en effet que l’électorat RN est composé pour moitié de femmes. Le résultat du long travail de dédiabolisation mené dès 2011 et l’accession de Marine Le Pen à la tête du parti d’extrême droite.

Une tribune lors de la journée des droits des femmes

La présidente du Rassemblement national (RN), se définit aujourd’hui comme “une féministe qui n’exprime pas d’hostilité à l’égard des hommes”. Elle s’offre même les colonnes du Figaro le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, avec une « Lettre aux Françaises ».

Marine Le Pen écrit : « L’élection présidentielle qui arrive est l’occasion de porter ces préoccupations [celles qui nous habitent « toutes » en tant que femmes, ndlr] au sommet de l’État en élisant une femme, c’est-à-dire, je le crois, en privilégiant une approche plus concrète et sûrement plus protectrice de l’exercice du pouvoir. Ce serait, nous en sommes conscientes, une révolution. Mais le pays y est prêt. »

Il ne suffit pas d’être femme pour être féministe

Pauline Baron, coordinatrice du collectif « Nous Toutes »

« Il ne suffit pas d’être femme pour être féministe » affirme Pauline Baron, la coordinatrice du collectif « Nous Toutes » qui appelle à faire barrage à ne pas donner une voix à Marine Le Pen. « Il y a plein de femmes dans l’histoire qui ont remis en cause nos droits. Marine Le Pen a compris l’ampleur qu’on prit les valeurs féministes dans notre société. Elle a adouci ses termes, mais le fond du discours n’a pas changé, il reste dangereux » alerte-t-elle.

Une longue bataille contre l’IVG

Marine Le Pen ne s’est, en effet, jamais vraiment « préoccupée » du droit des femmes. Ce serait plutôt le contraire. Elle s’est dressée contre toutes les formes d’émancipation des femmes, à commencer par le plus essentiel des droits, celui de disposer de son corps, et de choisir sa grossesse : l’IVG (interruption volontaire de grossesse.) Depuis la loi Veil du 17 janvier 1975, le Front National devenu Rassemblement national n’a cessé de militer pour abroger ce droit.

En 2006, alors qu’elle est directrice stratégique de la campagne présidentielle du FN, menée par son père, Marine Le Pen affirme demander « au préalable son avis au peuple français » sur la question. Et donc soumettre la question de l’abrogation ou non de l’IVG au référendum. En 2012, lors de sa première campagne présidentielle, Marine Le Pen souhaite cette fois dérembourser l’IVG, et évoque des  « avortements de confort « . Aujourd’hui elle affirme ne plus être contre l’IVG, mais se dit défavorable à l’allongement de la durée de l’interruption volontaire de grossesse de 12 à 14 semaines.µ

Le droit à l’avortement remis en cause par les gouvernements d’extrême droite en Europe

Véritable prise de conscience ou simple retournement de veste pour gagner des voix ? 

Il y a de quoi s’inquiéter, car la remise en cause du droit à l’avortement a été l’un des premiers actes des partis d’extrême droite arrivé au pouvoir en Europe ces dernières années. À commencer par un allié proche de Marine Le Pen, le président Hongrois Victor Orban qui a réduit l’avortement à peau de chagrin. Dans le pays, la Constitution stipule que le fœtus doit être protégé dès sa conception. L’avortement n’est toléré qu’en cas de graves dommages au fœtus, lorsque la santé de la mère est en danger ou lorsque la grossesse est le résultat d’un crime.

Des votes systématiques contre l’égalité hommes-femmes

Mais Marine Le Pen ne s’est pas uniquement opposé à l’IVG. En tant que membre du Parlement européen depuis 2004, la candidate a eu le temps de prouver qu’elle n’est pas et n’a jamais été une militante des droits des femmes. Le 9 septembre 2015, Marine Le Pen vote contre la résolution sur les carrières scientifiques et universitaires des femmes et les plafonds de verre. Le 19 janvier 2016, elle vote contre la résolution sur les facteurs externes faisant obstacle à l’entrepreneuriat féminin. Le 28 avril 2016, elle vote contre la résolution sur l’Égalité des genres et l’émancipation des femmes à l’ère du numérique.

Marine Le Pen et Sébastien Chenu à l’Assemblée nationale, 06/11/2018 • © LIONEL BONAVENTURE / AFP

À l’Assemblée nationale, les députés RN , ont voté contre la loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé qui supprime le délai de réflexion avant une IVG ou encore contre la loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes du 22 février 2014.

Une vision conservatrice de la famille : la place de la femme au foyer

Élevée dans une famille traditionnelle de droite, Marine Le Pen conserve une vision très conservatrice de la famille. Une famille dans laquelle la femme a sa place au foyer. Lors de la campagne présidentielle de 2012 Marine Le Pen veux mettre en place un salaire parental pour permettre aux femmes de ne plus travailler et de s’occuper des enfants. « Le progrès pour les femmes, c’est de rester à la maison » affirme-t-elle.

« C’est un projet de société rétrograde et fasciste »

Raphaëlle Manière, présidente de l’association Osez le féminisme

Une pensée reprise en 2015 par son collègue eurodéputé Front national, Dominique Martin, qui avait proposé de laisser aux femmes « la liberté de rester chez elles ». Selon l’eurodéputé, cette mesure « aurait l’avantage de libérer des emplois », mais aussi « de sécuriser nos rues parce que [les enfants] ne traîneraient pas dans nos rues et ne seraient pas soumis à la drogue ». Plus récemment, la candidate du RN s’est aussi opposée à l’allongement du congé de paternité.

« Il n’y a rien dans son programme pour résoudre les problèmes qu’on rencontre sur le terrain » affirme Nadya Salmi,de l’association Rose d’Espoir à Dijon. « Ses idées sont rétrogrades, et vont à l’encontre de tout le travail qu’on réalise. Ici, on aide les femmes à se réinsérer, à trouver un travail à être autonome et à ne plus dépendre de leurs maris. »

« C’est une vision nataliste de la femme, qui la cantonne dans la sphère privée. Le rôle central des femmes est de faire des enfants et de faire le ménage. Pour le RN le partage des tâches n’est pas un problème politique. Ce n’est pas une inégalité. Alors que c’est fondamental pour repenser les relations entre les hommes et les femmes », affirme Raphaëlle Manière, la présidente de l’association Osez le féminisme« On est quand même dans un scénario catastrophe. C’est un projet de société rétrograde et fasciste. »

Une vision de la femme difficilement compatible avec l’idée de progrès social soit disant défendue aujourd’hui par la candidate. 

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