L’obsession française pour le star système : peut-on y échapper

La technique commerciale qui consiste à vendre certains produits en publicisant la personnalité privée de certains individus prend son origine dans ce qu’Hollywood a appelé le « star system ». L’industrie de la culture et des médias a généralisé le procédé : son extension a transformé des personnalités de toutes sortes en « stars », c’est-à-dire en images vivantes et rémunératrices. La concurrence a alors conduit à des formes variées d’altérations de l’obsession française pour le star système : peut-on y échapper, particulièrement présentes à la télévision.


J’appellerai people une tendance des médias contemporains à utiliser de façon systématique d’une part les ressorts et les actes de la personnalité et de la vie privée et d’autre part les comportements et les langages familiers en général attribués à la sphère privée : cette définition très large doit suffire à la présente recherche sur l’histoire de cet usage médiatique. Le terme décisif en est « de façon systématique ». Car bien entendu les « actes de la vie privée » ont de tout temps réussi à trouver le chemin de la sphère publique.

Arlette Farge (1986) a par exemple montré combien la vie privée était omniprésente au XVIIIe siècle y compris dans la sphère politique. Mais l’emploi rationalisé d’arguments touchant à la vie privée, aux sentiments et aux comportements qu’elle est réputée abriter ne prend son essor qu’au début du XXe siècle. Il est attaché à une conception commerciale de la production culturelle, dont je crois qu’il est intéressant de rappeler la logique si l’on veut saisir sa généralisation ou peut-être faut-il dire sa dissémination actuelle.

On dit d’une personne connue qu’elle est célèbre, populaire par opposition à une personne inconnue, anonyme ou ordinaire.

La célébrité, le succès peuvent rendre la vie difficile. La réputation d’une vedette ou d’une star peut parfois devenir un inconvénient pour l’artiste. On imagine facilement que la vie d’une vedette est bien différente de la vie ordinaire parce que tous ses actes deviennent publics.

Certains artistes connus préfèrent être sous les projecteurs mais d’autres choisissent de rester dans l’ombre, c’est-à-dire anonymes et discrets.

Tout le monde rêve d’être un jour célèbre, certaines personnes ordinaires n’y arriveront jamais. Pourtant le familier, la banalité et le quotidien ordinaire ont aussi des avantages : le bien-être et la tranquillité par exemple.

C’est dur la vie d’artiste ! est une expression courante qui montre les conséquences négatives de la célébrité qui n’est pas toujours facile à gérer.

Voici quelques expressions utilisées pour décrire les personnalités qui ont du succès :

  • être sous les feux de la rampe
  • être sur le devant de la scène
  • être une bête de scène
  • être une star

On dit souvent d’un artiste qui veut préserver sa vie privée, qu’il est modeste. Est-ce vraiment la vérité ?

À peine éveillé, chaque utilisateur se précipite sur son écran pour regarder ses rêves ; bientôt, les rêves deviennent une obsession, les gens les collectionnent et sont happés, toute la journée, devant les mirages de la nuit.

Qu’on ne s’y trompe pas : la situation de la France est grave. Notre pays est encore très riche, doté d’immenses atouts. Il doit cependant comprendre qu’il est menacé de déclin, par son endettement, son chômage et son insuffisante préparation à l’économie du savoir. Il conserve, pour quelque temps encore, les moyens de retrouver les chemins de la croissance, de l’équité et du bien-être de toutes ses stars.

Comme la première fois, nous avons travaillé avec une seule obsession : penser et parler au nom des générations à venir, celles qui n’ont pas encore la parole. Pour dire aux générations aujourd’hui au pouvoir, dans l’État, les entreprises et la société civile, ce que nous pensons qu’elles doivent accomplir pour laisser à leurs successeurs une France harmonieuse, libre et riche.

Autant l’admettre : dans une société où compte avant tout l’écoulement des produits, où la logique consumériste s’étend à tous les domaines de la vie, où l’évanouissement des idéaux laisse le champ libre à toutes les névroses, où règnent à la fois les fantasmes de toute-puissance et une très vieille haine du corps, surtout lorsqu’il est féminin, nous n’avons quasiment aucune chance de vivre les soins de beauté dans le climat de sérénité idyllique que nous vend l’illusion publicitaire.

Pourtant, même si l’on soupire de temps à autre contre des normes tyranniques, la réalité de ce que recouvrent les préoccupations esthétiques chez les femmes fait l’objet d’un déni stupéfiant. L’image de la femme équilibrée, épanouie, à la fois active et séductrice, se démenant pour ne rater aucune des opportunités que lui offre notre monde moderne et égalitaire, constitue une sorte de vérité officielle à laquelle personne ne semble vouloir renoncer.

Au-delà des belles images, l’omniprésence de modèles inatteignables enferme nombre de femmes dans la haine d’elles-mêmes, dans des spirales ruineuses et destructrices où elles laissent une quantité d’énergie exorbitante. L’obsession de la minceur trahit une condamnation persistante du féminin, un sentiment de culpabilité obscur et ravageur. La crainte d’être laissée pour compte fait naître le projet de refaçonner par la chirurgie un corps perçu comme une matière inerte, désenchantée, malléable à merci, un objet extérieur avec lequel le soi ne s’identifie en aucune manière. Enfin, la mondialisation des industries cosmétiques et des groupes de médias aboutit à répandre sur toute la planète le modèle unique de la blancheur, réactivant parfois des hiérarchies locales délétères.

Notre thèse sera ici que la célébration de « l’obsession française pour le star système : peut-on y échapper  », que l’on a vu resurgir, en même temps que la condamnation du « puritanisme américain », lors des affaires Polanski et Strauss-Kahn, en 2009 et en 2011, traduit le désir de maintenir les femmes dans une position sociale et intellectuelle subalterne ; elle est, pour ceux qui la défendent, une manière de nier la subjectivité féminine et de protéger leur monopole de la péroraison.

On a affaire avec ces discours à une banale réaction antiféministe, qui fait semblant de confondre remise en cause d’un ordre social et hostilité envers les hommes. Alors que ses prédécesseurs avaient simplement travesti ce postulat en chauvinisme, Badinter, en 2003, a réussi la prouesse de le travestir en féminisme ; elle s’est d’ailleurs référée à La Tentation de l’innocence de Bruckner dès les premières pages de Fausse route. Dans son attitude, le réflexe de classe et la mise à distance dédaigneuse de la masse des femmes prennent clairement le pas sur la démarche féministe. La journaliste Sylvie Barbier nous livre le résultat de cette opération idéologique, tel qu’on le retrouve dans la bouche du directeur d’un magazine féminin s’adressant à sa rédactrice en chef : « La guerre des sexes c’est fini, les psychos qui se moquent des hommes aussi, on rêve de réconciliation, non ? Françoise, excuse, Évelyne [sic] Badinter elle-même l’affirme : le vrai féminisme, c’est un combat qui doit se mener avec les hommes, pas contre eux. La lutte pour l’autonomie est également terminée, nous allons tourner la page et projeter une vision réconciliée de la féminité. »

À ce conservatisme viscéral s’ajoute le fait que la femme française est un trésor national, quasiment une marque déposée. Elle a pour noble mission de perpétuer l’image d’élégance associée au pays, ne serait-ce que pour servir le rayonnement international des deux géants français du luxe, Moët Hennessy Louis Vuitton (LVMH), le groupe de Bernard Arnault, et Pinault Printemps Redoute (PPR), celui de François Pinault (propriétaire notamment de Gucci et d’Yves Saint Laurent). En a encore témoigné, en 2005, le succès mondial du livre de Mireille Guiliano, French Women Don’t Get Fat (« Les femmes françaises ne grossissent pas »). L’ancienne P-DG des champagnes Veuve Clicquot (groupe LVMH) aux États-Unis y recommande « le pain, le champagne, le chocolat et l’amour comme les ingrédients clés d’une vie et d’un régime équilibrés ». Idée géniale : exploiter en même temps la fascination des Américains pour les clichés sur l’art de vivre à la française, l’obsession des femmes pour les régimes et leur goût des « secrets » partagés (elles en ont bien besoin, les pauvres). Quant à la figure mythique de la Parisienne, elle est incarnée par Inès de la Fressange, mannequin vedette de Chanel dans les années 1980 et modèle pour le buste de Marianne en 1989. En 2011, son guide La Parisienne – cosigné avec une journaliste de Elle –, mélange de conseils vestimentaires et de bonnes adresses, grand succès de librairie, s’est exporté en Grande-Bretagne et aux États-Unis. On y apprend par exemple qu’il ne faut pas porter un collier en diamants « sur une robe noire le soir », mais « sur une chemise en jean le jour ». Ce qui, personnellement, m’a évité de commettre un terrible impair.

Toutefois, il faut bien l’avouer : une fois qu’on a lu Susan Bordo, Eve Ensler, Laurie Essig, Susan Faludi ou Naomi Wolf, la Parisienne apparaît pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une sorte de Nadine de Rothschild en moins joufflue et en plus chic. Même celle qui prête le plus le flanc à la caricature, Naomi Wolf, auteure en 1991 du best-seller The Beauty Myth (« Le mythe de la beauté »), multiplie les intuitions et les analyses brillantes. On regrette, en refermant les livres de toutes ces essayistes remarquables, qu’elles n’aient jamais été traduites en français – à l’exception d’Ensler, grâce au succès mondial des Monologues du vagin. Il est vrai que si elles l’étaient, les Françaises pourraient bien s’inspirer de leur intelligence flamboyante, de leur clairvoyance, de leur humour, du mélange de rigueur et de passion avec lequel elles prennent à bras-le-corps la réalité dans laquelle elles sont plongées, transformant des préoccupations intimes en souci du bien commun, forgeant de puissants outils de compréhension et de libération pour toutes. Elles pourraient commencer à raisonner, à contester ; elles pourraient se mettre en tête de devenir des personnes, les insolentes. Puisse le ciel nous épargner encore longtemps le catastrophe de l’obsession française pour le star système : peut-on y échapper.

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