Un drame, une bombe, des adieux… Juste quelques mots pour soulager mon âme et cesser de boire le sel de mes larmes

Lorsque l’on se perd en chemin, on a deux solutions : tenter de retrouver la personne que l’on était ou lui dire adieu pour toujours. Dans la plupart des adieux, il y a cela de particulier qu’on ne sait comment tromper l’attente fiévreuse de la séparation, et que les gens s’aimant le plus désirent en finir, et que les gens ayant le plus d’esprit se sentent bêtes, les uns à l’égard des autres.

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Quand la vie est si brève et l’avenir si trouble, pourquoi se dire adieu ? Un amour éprouvé par l’épreuve du feu ne compte-t-il pas double ? Quand sous les ouragans dans le désert humain tout vacille et tout tremble, pourquoi ne pas finir la vie ensemble, et se dire à demain ?

Savez-vous ce que signifie aimer quelqu’un ? Savez-vous ce que signifie aimer un arbre, un oiseau, ou un animal de compagnie, de sorte que vous vous en occupez, vous le nourrissez, vous le chérissez, bien qu’il ne vous donne peut-être rien en échange, qu’il ne vous offre pas son ombre, qu’il ne vous suive pas, qu’il ne dépende pas de vous ? La plupart d’entre nous n’aiment pas de cette manière, nous ignorons tout de cette forme d’amour car notre amour est toujours assailli d’angoisse, de jalousie, de peur, ce qui sous-entend que nous dépendons intérieurement d’autrui, que nous voulons être aimés, que nous ne nous contentons pas d’aimer tout simplement : nous demandons quelque chose en retour, et cette attente même nous rend dépendants.

N”ayez pas peur d’aimer: aimez de tout votre cœur, mais n’attendez pas tout de l’autre. Il n’est que ce qu’il est; si vous voulez qu’il soit tout, il ne sera plus rien. Aimer, c’était sans doute se montrer nu à l’autre. Nu dans sa force, et nu dans sa fragilité. Vrai. Qu’est-ce qui me faisait peur dans l’amour ? Cette nudité ? Sa vérité ? La vérité ?.

Lorsque vous suivez votre cœur, vous n’êtes jamais censé faire des choses à cause de ce que vous pensez que les gens pourraient dire. Vous le faites pour des raisons opposées.

Une solitude fondamentale

Chacun de nous est intrinsèquement seul : nous naissons seul.e, nous mourrons seul.e. « Cette solitude ontologique, fondamentale, constitue notre essence, leur cœur de nous-même. Elle n’est pas forcément douloureuse », avance Christophe Fauré. Nous la rencontrons lorsque nous contemplons un coucher de soleil et ressentons une plénitude profonde d’être bien avec nous-même, lorsque nous méditons, lorsque nous nous recueillons…

Un couple est donc la rencontre de deux solitudes fondamentales « qui vont émerger à un moment ou à un autre. Mais certains ont parfois l’illusion que le couple va abolir ce sentiment de solitude fondamentale ». Une illusion dont il faut se méfier, prévient le psychiatre : « c’est demander au couple ce qu’il ne peut pas fournir. C’est parfois pour cette raison qu’on en veut à son/sa partenaire car il semble  – c’est une vision erronée – ne pas pouvoir nous empêcher de nous sentir seul.e alors que nous sommes en lien avec lui/elle. »

Un sentiment de coupure avec l’autre

Jacqueline, 68 ans, connaît bien ce sentiment : « en couple, j’avais tendance à croire que l’autre allait me combler et que je devais le combler. Et comme ce n’était pas le cas, je me sentais incomprise et seule. Je sais aujourd’hui que je ne peux être comblée que par moi-même ! Qui d’autre que moi-même peut savoir ce dont j’ai besoin pour être heureuse ? J’ai compris que j’attendais de mes compagnons qu’ils me donnent des miettes d’un amour que j’avais en abondance en moi. Comment alors ne pas me sentir seule quand je croyais (à tort bien sûr) que les autres me refusaient ce que j’attendais d’eux ? »

Pour Christophe Fauré, à notre solitude fondamentale peut s’ajouter une autre sensation de « solitude-isolement ». « Un sentiment douloureux d’être coupé de l’autre, d’autant plus nourri qu’en ayant cette impression de coupure, on a l’impression d’être « moins ». Appauvri.e. Là encore, il s’agit d’une vision erronée. C’est oublier qu’on est déjà plein en soi. Mais si l’on pense que son bonheur est en lien direct avec l’autre, on se sent malheureux et dans un sentiment de solitude, d’isolement. »

Un besoin d’exister par le regard de l’autre

« A force, j’avais fini par douter de moi. Je me sentais nulle, mon estime de moi-même en avait pris un sacré coup », raconte Erina. Même son de cloche chez Laure, 42 ans, deux enfants, séparée à deux reprises, qui a découvert qu’on pouvait se sentir seule dans son couple lors de sa dernière expérience sentimentale. « Il y avait un décalage entre nos aspirations. Très empathique, je vivais avec quelqu’un de très égocentré et qui était totalement dans sa bulle. J’ai été attaquée par ce sentiment d’isolement, à me demander ce qui pouvait bien ne pas coller chez moi… »

Ce décalage d’attentes est souvent à la source du sentiment de coupure, pour Christophe Fauré. « Très souvent, nous sommes dans l’attente que le regard de notre partenaire valide notre existence. Qu’il dise implicitement ou explicitement : ‘je t’aime, donc tu existes. Tu es une personne, tu as une valeur, une identité, tu vaux quelque chose’. Si nous sommes dans cette attente et que ce regard n’est pas donné, ou pas assez, nous allons ressentir un sentiment de coupure de la relation. Ce sont des restes archaïques de notre enfance : nous existions par le regard de nos parents. Nous disions : ‘Papa, Maman, regarde’, et ça, 1 000 fois par jour. Lorsque les relations parentales se réactivent de manière inconsciente dans les relations amoureuses, se réactive également cette croyance qu’on ne va exister que par le regard de l’autre. Et si cette attente est déçue, on le vit comme une relation qui n’est pas satisfaisante ».

Un sentiment qui touche davantage les femmes

Ce douloureux sentiment d’isolement touche davantage les femmes que les hommes. « Chez les femmes, les relations sont primordiales, commente Christophe Fauré. Elles ont davantage tendance à définir leur valeur par la qualité des relations qu’elles établissent, par leur richesse, leur profondeur. Pour l’homme, c’est vrai aussi bien sûr, mais ce n’est pas aussi fondamental dans sa construction en tant qu’être humain ». En témoignent, dans les familles recomposées, tous les exemples de belles-mères qui s’attachent à créer de l’harmonie dans la nouvelle famille, « quitte à suer sang et eau. C’est une super charge et cela crée ce sentiment de solitude, d’isolement ». En cause : « l’importance, pour les femmes, d’avoir des relations harmonieuses. Si cette quête d’harmonie n’est pas si intense chez leur compagnon, elles peuvent le percevoir comme une relation qui ne marche pas bien et se sentir isolées par rapport à leur projet. »

Des comportements qui exacerbent la solitude

Pas étonnant, donc, que les conflits au sein du couple exacerbent ce sentiment d’isolement. Lilou, 62 ans, a passé dix ans avec son mari, avant de le quitter. Dix ans plus tard, ils se sont remis ensemble. C’était il y a sept ans. « Quand il y a des problèmes, des conflits dans notre couple ou des problèmes du côté des enfants, à nouveau, je me sens seule.  J’ai le sentiment que notre relation manque d’écoute, de compréhension, voire de bienveillance. Quand j’en parle avec mon conjoint, il me dit qu’il voit que j’ai de la peine, mais il ne me réconforte pas, ou peu, il voudrait que tout s’arrange et que l’on passe à autre chose… Il y a certainement un grand décalage entre nos intelligences émotionnelles…. Car de l’amour il y en a, mais parfois j’ai l’impression que mon mari est “coincé” en lui-même et qu’il n’arrive pas à venir vers moi. Cela me fait souffrir et me rend triste, je me renferme… »

Manque d’attention, de tendresse, d’empathie, de dialogue… Autant de comportements qui peuvent également accentuer le sentiment de solitude car ils sont interprétés, détaille Christophe Fauré. « S’il y a ce geste, cette parole, ce comportement, j’existe à tes yeux. C’est que tu me prends en compte, que tu reconnais ce que je fais, ce que je dis. »

L’attente d’une reconnaissance qui ne vient pas est ainsi souvent à l’origine du sentiment de solitude. Notamment chez les femmes qui s’occupent du foyer, souffrent de charge mentale et entendent dire que tout ce qu’elles font est « normal ». Erina se souvient : « J’en étais arrivée à quémander de la reconnaissance, des remerciements, de l’attention, ou tout simplement, un regard, et à me détester pour cela. » Une exaspération légitime, pour Christophe Fauré. « On n’a pas à revendiquer cela ».

Mais il peut être bon aussi d’interroger son besoin de reconnaissance. « Chez une petite fille qui a été en carence du regard de son père, qui ne la regardait pas en tant que femme en devenir, cette blessure de regard va souvent réémerger de façon inconsciente quand l’autre homme de la vie, le compagnon, ne donne pas ce regard comme le père ne l’a pas donné initialement. La femme adulte a peut être oublié de se connecter à elle-même et à sa valeur fondamentale, indépendamment du regard de son compagnon. »

Partir ou rester ?

Parfois, le sentiment de solitude perdure des années. « En couple depuis vingt-cinq ans, je me sens terriblement seule, raconte Muriel. Ce sentiment a commencé à se faire plus visible quand les enfants ont grandi, quand ils ont commencé à avoir moins besoin de moi. J’ai essayé d’en parler à mon compagnon mais je crois qu’il ne sait pas vraiment comment s’y prendre, il a essayé mais il est trop investi dans son travail, il en oublie l’essentiel. Cela m’a pesé au point d’aller sur des applications pour trouver la perle rare qui comblerait ce vide, ce manque. Aujourd’hui, j’ai un ami avec qui je parle de tout et de rien, il sait la solitude que je peux ressentir et il essaie d’être présent à chaque instant, nous sommes de bons amis face aux autres, des amants dans l’intimité. Il m’apporte ce dont j’ai besoin, quand ce sentiment de solitude revient, c’est lui que j’appelle et il répond présent. J’ai peur de le perdre car si ce jour arrive, je ne sais pas si je pourrai combattre ma solitude. »

Quand celle-ci devient trop forte, certains font le choix d’aller chercher hors du couple des façons d’exister : qu’il s’agisse d’un amant ou d’une maîtresse, d’un nouveau projet, ou d’activité professionnelle, d’une nouvelle activité… Quand la solitude devient insupportable, d’autres décident de partir. Comme Erina : « à un moment, c’était trop douloureux, j’avais la sensation de ne plus exister, j’ai fait le choix de quitter Romain. »

« Parfois, les piliers d’existence que l’on recherche hors du couple face à ce constat de solitude sont si puissants que la relation n’a plus besoin d’exister, décrypte Christophe Fauré. Dans d’autres cas, ils sont complémentaires d’une relation qui est ce qu’elle est et qui a des bénéfices secondaires pour qu’il ne soit pas nécessaire de la quitter. On accepte alors le couple tel qu’il est avec ce qu’il peut donner, en étant conscient.e qu’il ne peut pas tout justement, ce qui ne veut pas dire que la relation est un échec. Et on peut alors faire la paix avec ce couple et ces attentes auxquelles il ne pourra jamais répondre ».

Le poids véritable d’une passion se mesure aux sacrifices et à l’audace que l’on est prêt à mettre dans la balance. Quand le poids du coeur est supérieur à celui de la raison, c’est tout l’équilibre des choses qui est menacé.


Crédit photo : Diana ABDOU Éditrice En Chef Web | Diana Unlimited
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