Le principe du goût : Le jugement de l’art et le beau…

Un nombre important de recherches suggère que le plaisir de manger n’est pas uniquement lié à des facteurs de goût ou d’odeur. Du prix de la bouteille de vin à la taille de l’assiette, en passant par le poids, la couleur et la forme des couverts utilisés pour s’alimenter, il existerait en effet d’innombrables facteurs pouvant influencer la perception des saveurs.

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@Presse lacerisesurlemaillot.fr Blanquette végétarienne aux haricots blancs

L’ART ET LE BEAU : LE JUGEMENT DE GOÛT

Les beautés de la nature semblent être créées intentionnellement: comment imaginer que de telles choses viennent du hasard? Tout y convient à notre nature; tout y est harmonieux avec notre esprit. Pourtant, le sentiment esthétique nous apprend moins sur la nature que sur notre nature.

1. UNE ANALYSE DU BEAU

A. BEAU, BON, UTILE, AGRÉABLE

Le beau est un sentiment de satisfaction; il ne se confond pourtant pas avec l’agréable. Ce qui est agréable plaît aux sens (odeur de rose); ce qui est beau s’adresse à l’esprit (poème). Ce qui est agréable à Pierre ne l’est pas à Jean; personne n’est tenu d’être d’accord sur l’agrément d’une couleur. Le beau s’impose à tous; il est l’objet d’une satisfaction universelle.

Le côté désintéressé: il n’éveille aucun désir, il est pure complaisance dans la contemplation. Il n’est donc ni l’utile ni le bien: nous sommes intéressés à l’existence de l’un comme de l’autre. Si le beau n’est pas le bien, il en est le symbole: il manifeste en effet que l’homme n’est pas exclusivement conduit par l’agrément et l’intérêt, mais qu’il est aussi, jusque dans sa sensibilité, un être désintéressé et libre. Or, la liberté étant l’indice de la moralité, la sensibilité au beau révèle un être moral.

B. LE GOÛT

La faculté de juger du beau. Il est universel: lorsque l’on dit d’un homme qu’il a du goût, on reconnaît en lui la faculté infaillible de juger ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Pourtant, le goût est quelque chose de subjectif, et l’on dit en ce sens: à chacun son goût. La contradiction n’est qu’apparente: en effet, le goût est à la fois universel et subjectif. Il est ce qui, dans la sensibilité de chacun, est identique à celle de tous. Nous ne sommes pas tous sensibles au goût du vin, mais nous sommes tous d’accord sur une peinture de bon goût.

C. LA NATURE DU PHÉNOMÈNE DE BEAU

Un sentiment en l’homme que la propriété d’une chose. À l’occasion de la présence d’un certain objet, un certain état d’esprit paraît, résultat plaisant de l’harmonie des facultés de connaissance humaine. Le beau n’est pas quelque chose que l’on comprend, objet d’entendement: on peut trouver beau ce dont on ignore l’usage. Pourtant, la faculté intellectuelle est éveillée à son occasion.

Le pressentiment que l’objet présent existe en vue d’une fin, sans pour autant que nous puissions, ou devions nous représenter cette fin. La chose belle est organisée harmonieusement, mais ce n’est en vue d’aucun usage concevable.

Il est donc l’objet d’une satisfaction plaisante mais désintéressée, universelle mais subjective, finale mais sans fin, nécessaire mais seulement en droit. Le sublime* n’est pas pour Kant ce qui est très beau, mais quelque chose d’une tout autre nature.

2. UNE THÉORIE DE L’ART

A. GÉNIE ET CRÉATION ARTISTIQUE

La nature met en certains hommes le don de créer du beau artificiel (artistique). Le beau artistique n’est qu’une espèce dérivée du beau naturel: celui que la nature produit médiatement par l’homme. Le génie est un talent, il ne s’apprend pas. C’est le génie lui-même qui pose les règles de l’art, c’est-à-dire ce qu’il doit être pour que ses beautés soient conformes à la beauté naturelle.

Le génie, parce qu’il n’a pas de règles, est original; mais parce que ce qu’il produit a une valeur universelle pour la sensibilité humaine, ses créations sont à chaque fois un exemple pour les artistes qui suivent. Elles forment le goût en l’éveillant et en le développant.

B. ART ET SOCIÉTÉ

Le goût est souvent doublé d’un penchant à la sociabilité; l’homme de goût est enclin à partager ses plaisirs esthétiques, au point de n’en pouvoir parfois jouir qu’en société. Parce que tous les hommes ont le même pouvoir de goût, ils peuvent partager la même satisfaction; partager ce sentiment, c’est former une société, et c’est même, dit Kant, «le début de la civilisation».

Tout jugement présuppose un principe subjectif qui est celui du goût. Ainsi l’Esthétique prend-elle une place centrale dans l’ensemble des Critiques kantiennes.

Il ne faut pas confondre le principe subjectif de la faculté de juger avec le jugement logique. Le jugement logique obéit à des concepts de l’objet, ce qui n’est pas le cas de la faculté de juger. Celle-ci, qui est la capacité même de former des jugements, prétend à une universalité, mais sans se soumettre à l’objet.

Juger implique l’accord de l’imagination et de l’entendement. L’imagination schématise librement, sans concept. L’entendement implique la conformité à une loi (c’est-à-dire à la faculté de produire des concepts de manière légale).

Dans la mesure où le jugement de goût est personnel, on peut se poser la question de la possibilité même de la déduction des jugements de goût : Comment un sentiment personnel peut-il être a priori communicable à tout autre sujet (jugement universel)? Comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ?

La société du goût cultive et forme le goût. Le goût est à la fois comme une faculté innée et un idéal en direction duquel il faut travailler.

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