Hommage aux 28 femmes noires transgenres qui on été assassinées aux États-Unis durant l’année 2020

Hommage aux 28 femmes noires transgenres qui on été assassinées aux États-Unis durant l’année 2020

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Ces personnes sont touchées de manière disproportionnée par cette violence et beaucoup choisissent de rester silencieuses.

Hommage aux 28 femmes noires transgenres qui on était assassinées aux États-Unis durant l'année 2020
@dianaunlimitedfaunesetfemmesmagazines / Hommage aux 28 femmes noires transgenres qui on était assassinées aux États-Unis durant l’année 2020

Dernièrement, les États-Unis n’ont pas particulièrement brillé dans le domaine de la tolérance. Malgré le mouvement Black Lives Matter, nombreux sont ceux qui continuent à afficher leur mépris envers les personnes de couleur et non hétérosexuelles. Kee San, une femme noire transsexuelle, a été la nouvelle victime de cette discrimination.   

UN NOMBRE DISPROPORTIONNÉ DE CRIMES VIOLENTS ENVERS LES PERSONNES TRANSGENRES

Une autre femme noire transsexuelle a été brutalement tuée aux États-Unis, a rapporté le magazine d’actualité Out. C’est la 28e personne transgenre connue qui a été tuée dans le pays cette année. Kee Sam, âgée de 24 ans, était originaire de Lafayette, en Louisiane. C’est dans un hôtel de la ville qu’elle a été retrouvée blessée par balle le mercredi 12 août. Elle a été transportée d’urgence dans un hôpital local, mais elle a succombé à ses blessures le lendemain. Pour l’instant, ni le meurtrier ni les circonstances de la fusillade ne sont connus.

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Une jeune femme de 16 ans a cependant été appréhendée par la police, a rapporté la Human Rights Campaign (HRC) dans un communiqué dénonçant les violences envers les personnes transgenres. Selon le groupe, Kee Sam serait la 28e personne transsexuelle à avoir été assassinée cette année. La HRC a précisé que ce chiffre était sans doute à revoir à la hausse dans la mesure où de nombreux décès de personnes transgenres avec circonstances atténuantes ne sont pas signalés aux autorités.

Dans un tweet daté du 11 mai 2020, le candidat démocrate à la Maison-Blanche Joe Biden a déclaré qu’il était «de notre obligation morale de mettre fin à cette épidémie et d’assurer que tout le monde puisse vivre ouvertement et fièrement, délivré de la peur».

Son intervention n’était pas motivée par le Covid-19, mais par un article du Time sur le meurtre de quatre personnes trans à Porto Rico –une prise de position en rupture directe avec son opposant pour l’élection de novembre prochain.

Un nombre en hausse, dont on ne sait vraiment s’il est représentatif d’une tendance ou la conséquence d’une meilleure qualification des faits. Car les autorités prennent de plus en plus conscience du caractère haineux de ces crimes, qui visent le plus souvent des femmes trans noires ou plus largement racisées.

Cette triste augmentation vient contrebalancer le bilan plutôt positif de la visibilité trans dans le pays. Depuis une vingtaine d’années, la question de la transidentité est en effet entrée dans la sphère publique. Elle a été mise sur le devant de la scène politique mais aussi médiatique, avec des programmes plus inclusifs qu’avant.

D’après une étude datée de 2016, entre 0,25% et 1% de la population américaine s’identifie comme trans, soit 1,4 million de personnes. Une population qui croît à la même vitesse que la population globale, et qui peut de plus en plus vivre librement.

Pour Mara Keisling, directrice exécutive du fond d’action au National Center for Transgender Equality (NCTE), il s’agit d’une véritable avancée. «De plus en plus de monde connaît une personne trans dans son entourage», se réjouit-elle.

En 2015, le NCTE, principal groupe de défense des droits des trans aux États-Unis, a mené une étude d’ampleur inédite, la Transgender Survey, qui donnait la parole à près de 28.000 personnes trans dans le pays et sur les territoires américains (incluant Porto Rico).

De nombreuses statistiques permettent ainsi de quantifier et de qualifier le quotidien des personnes trans et de donner une meilleure vision des discriminations quotidiennes qu’elles subissent, dans l’accès aux soins, à l’éducation ou au travail.

L’enquête du NCTE est également une source précieuse pour évaluer la violence, l’insécurité et l’exclusion qui frappent cette communauté. Effectuée il y a cinq ans, elle témoigne de la situation des personnes trans dans les années Obama, favorable au développement de leurs droits.

Une jeune femme de 16 ans a cependant été appréhendée par la police, a rapporté la Human Rights Campaign (HRC) dans un communiqué dénonçant les violences envers les personnes transgenres. Selon le groupe, Kee Sam serait la 28e personne transsexuelle à avoir été assassinée cette année. La HRC a précisé que ce chiffre était sans doute à revoir à la hausse dans la mesure où de nombreux décès de personnes transgenres avec circonstances atténuantes ne sont pas signalés aux autorités.

UNE STIGMATISATION MANIFESTE DE LA PART DES MÉDIAS ET DES AUTORITÉS

Face à cette énième manifestation de violence envers une personne transgenre, et noire de surcroît, la HRC a exprimé son indignation à l’encontre de l’inaction pour lutter contre cette discrimination. Le groupe a également déploré le manque de sensibilité des médias face à cette tragédie. Le fait est que de nombreux médias ayant rapporté la mort de Kee Sam se sont trompés sur son identité sexuelle et ne l’ont jamais corrigée par la suite. « Une autre femme transgenre noire a été tuée dans ce pays », a déclaré Tori Cooper, directrice de la HRC.

« Nous savons que les femmes noires trans sont touchées de manière disproportionnée par cette violence, et pourtant beaucoup trop restent silencieuses sur la violence à laquelle nous sommes confrontés », a-t-elle ajouté. Les faits semblent donner raison aux groupes, dans la mesure où deux autres femmes transgenres ont été assassinées en Louisiane au mois de juillet. Dans les deux cas, de nombreux médias se sont également trompés sur l’identité sexuelle des victimes.

Et le souci ne se limite pas aux médias. Selon les estimations de la HRC, 75 % de toutes les victimes transgenres connues subissent une stigmatisation sexiste de la part des médias, des forces de l’ordre et des fonctionnaires. Face à une telle injustice, le groupe a souligné que les crimes violents envers la communauté transgenre ne font qu’empirer, et que des mesures doivent être prises à ce sujet. « Nous devons exiger mieux de nos élus et rejeter la législation anti-transgenre néfaste au niveau local, étatique et fédéral. Il est clair que la violence mortelle affecte de manière disproportionnée les femmes transgenres de couleur », a déclaré la HRC.

Les avancées des années Obama

Sur le plan politique comme culturel, les années 2009-2016 ont marqué un réel progrès pour les droits des personnes LBGT+ aux États-Unis. De la légalisation du mariage pour les couples de même sexe au coming out trans de Caitlyn Jenner, ces huit années ont profondément amélioré la visibilité de presque neuf millions d’Américain·e·s.

«Chaque Américain·e –gay, hétéro, lesbienne, bisexuel·le, transgenre– mérite d’être traité·e équitablement aux yeux de la loi et de notre société. C’est une proposition assez simple», déclarait Barack Obama le 1er octobre 2011.

Avec l’Obamacare, sa réforme du système de protection sociale, le duo Obama-Biden a également permis aux personnes trans de bénéficier d’un meilleur accès aux soins de santé de base comme aux soins spécifiques à leur transition.

Cette loi phare a aussitôt été remise en cause par le successeur du président démocrate: durant toute sa campagne de 2016, Trump a fait de l’abolition de l’Obamacare l’une de ses priorités. À quelques mois de la fin de son mandat, et malgré deux votes, son retrait est toujours à l’étude au sein de la Cour suprême.

«Obama était le meilleur président pour la communauté transgenre, contrairement à cette présidence cataclysmique», souligne Mara. Pendant les deux mandats Obama, les membres du National Center for Transgender Equality étaient en lien étroit avec la Maison-Blanche et le Congrès. La militante a elle-même rencontré à plusieurs reprises le vice-président Biden, «un être humain respectable, […] qui s’intéresse aux gens».

Il est dans l’intérêt des personnes LGBT+ que les lois garantissant leurs droits soient votées au niveau fédéral. Sans les rendre immuables, cela permet au moins de compliquer le processus de leur annulation –et c’est exactement ce qu’a en tête le président Joe Biden.

Dans un plan en cinquante points, l’ancien vice-président entend pérenniser les droits des personnes LGBT+ aux États-Unis. Pour Holly Goldmann, de la Casa Ruby, le geste est positif: «Il montre qu’on a des alliés.»

Même constat pour Mara Keisling. Le NCTE décortique les programmes des candidat·es pour formuler un avis sur leur traitement des personnes trans et leurs droits. La militante a elle-même mené des entretiens vidéo avec les neuf candidat·es à l’investiture démocrate: «Tous avaient un mot pour la communauté trans, faisaient preuve d’une empathie incroyable. Tous connaissent des personnes trans dans leur entourage, Biden compris.»

Le moral est donc encore là: malgré les rosseries de la présidence, la communauté trans des États-Unis ne lâche pas. «Nous sommes le groupe le plus résilient du monde», assure Aria Sa’id. Une force et un courage à toute épreuve qui emmène certain·es de ses membres devant la Cour Suprême.

C’est le cas d’Aimee Stephens, licenciée après avoir fait son coming out trans en 2013. La plus haute instance du pays lui a donné raison le 15 juin dernier. Aimee n’a malheureusement pas pu célébrer sa victoire: cette figure de la lutte pour les droits des personnes trans s’est éteinte en mai, des suites d’une maladie rénale.