Les femmes et la pauvreté en Afrique

Les femmes et la pauvreté en Afrique

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On trouve principalement des femmes parmi les 1,5 milliard de personnes qui vivent avec 1 dollar par jour ou moins. De plus, le fossé entre les femmes et les hommes pris dans le cycle de la pauvreté a continué de se creuser au cours de la dernière décennie. C'est généralement l'expression de « féminisation de la pauvreté » qui sert à désigner ce phénomène. Dans le monde, les femmes gagnent, en moyenne, à peine plus de 50 % de ce que gagnent les hommes.

Les femmes et la pauvreté en Afrique
@dianaunlimiedfaunesetfemmesmagazines / Les femmes et la pauvreté en Afrique

Les femmes pauvres n’ont souvent pas accès aux ressources essentielles que constituent le crédit, le prêt et l’héritage. Leur travail n’est ni récompensé, ni reconnu. Leurs besoins sanitaires et alimentaires ne constituent pas des priorités. Leur accès à l’éducation et aux services d’aide est insuffisant; leur participation à la prise de décisions dans le foyer, comme au sein de la communauté, est minimale. Les femmes prises dans le cycle de la pauvreté n’ont pas accès aux ressources et aux services qui leur permettraient d’en sortir.

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Le Programme d’action adopté en 1995 à Beijing, lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, a identifié l’élimination du fardeau persistant et grandissant de la pauvreté qui pèse sur les femmes comme un des 12 domaines critiques requérant une attention et une action particulières de la communauté internationale, des gouvernements et de la société civile.

La Commission de la condition de la femme des Nations Unies a examiné la question du paupérisme féminin, lors de sa quarantième session en 1996, et proposé que des actions plus avant soient menées par les Etats Membres et la communauté internationale, notamment la prise en compte d’une perspective sexospécifique, en tant qu’élément central de toutes les politiques et tous les programmes d’élimination de la pauvreté. Dans les conclusions de cette session, on trouve des dispositions favorables à l’adoption de politiques garantissant à toutes les femmes une protection sociale et économique adéquate en cas de chômage, de mauvaise santé, de grossesse, de maternité, de veuvage, de handicap et de vieillesse ou stipulant que la responsabilité des enfants et des autres personnes à charge doit être assumée tout à la fois par les femmes, les hommes et la société.

Les femmes et la pauvreté en Afrique

Les pauvres du monde
sont des femmes

Un des accomplissements majeurs de la Conférence de Beijing réside dans la reconnaissance par les gouvernements de la dimension sexospécifique de la pauvreté. La Conférence a conduit au déploiement d’efforts visant à recentrer les politiques d’élimination de la pauvreté afin qu’elles répondent spécifiquement aux besoins des femmes, en particulier dans les zones rurales. Elle a également permis d’introduire une définition plus large de la pauvreté, une définition qui ne tienne pas uniquement compte de besoins élémentaires minimaux, mais englobe aussi le déni des opportunités et des choix.

La grande majorité des pays mentionnent dans leurs rapports relatifs à la mise en oeuvre du Programme d’action de Beijing de nombreuses initiatives dans ce domaine. En voici quelques exemples :

  • En Ouganda, il est entendu que seule l’intégration d’une perspective sexospécifique permettra d’atteindre l’objectif fixé dans le Plan d’action national d’élimination de la pauvreté, c’est-à-dire l’élimination de la pauvreté généralisée d’ici à 2017.
  • Le Cameroun, Madagascar et le Niger ont fait des femmes un groupe cible prioritaire de leurs programmes nationaux d’élimination de la pauvreté.
  • Le Sénégal a organisé des programmes de formation antisexiste pour ses hauts fonctionnaires, afin qu’une perspective sexospécifique prévale dans la planification du développement sectoriel.
  • En 1998, le Ministère des affaires sociales de Palestine a alloué des fonds à des projets spéciaux pour promouvoir l’esprit d’entreprise parmi les femmes.
  • La politique d’aide au développement du Danemark a lancé un appel en faveur de l’inclusion d’une perspective sexospécifique dans tous les programmes.
  • Singapour a mis en oeuvre un plan d’aide aux familles peu nombreuses ayant pour objectif de faciliter l’accès à l’éducation et au logement des familles à faible revenu.
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Les femmes et la mondialisation

L’impact négatif de la mondialisation de l’économie pèse sur les femmes de façon disproportionnée. Alors que l’économie est de plus en plus liée aux marchés mondiaux, on assiste souvent à une réduction des dépenses publiques et des programmes sociaux, reportant ces coûts sur les familles, au sein desquelles la femme se trouve généralement en charge de ce fardeau supplémentaire.

  • La Chine indique dans son rapport que son approche globale de l’élimination de la pauvreté relative aux femmes a permis de réduire le nombre de ses citoyens pauvres, qui est passé de 65 millions en 1995 à 42 millions en 1998. 60% des personnes sorties de la pauvreté étaient des femmes.
  • La Zambie, comme la plupart des pays africains, essaie de protéger les femmes de l’impact négatif des programmes d’ajustement structurel. Elle met actuellement en place un programme d’action sociale qui financera des programmes éducatifs et des services de santé pour les femmes.
  • Le Programme PROGRESEA, établit en 1997 au Mexique, délivre une assistance aux femmes pauvres dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, de la santé et de la nutrition.
  • L’instauration d’un revenu minimal au Royaume-Uni et aux Etats Unis a bénéficié respectivement à 1, 3 million et 5, 7 millions de femmes.
  • En Géorgie, une analyse de l’impact des investissements macro économiques et des politiques de taxation sur les femmes a servi à formuler des politiques visant à minimiser l’impact négatif des transformations économiques sur les femmes.
  • En Allemagne, un projet pilote intitulé « Aide aux mères célibataires sans abri » assure leur réinsertion en leur fournissant un emploi.

La clé du changement

Le renforcement des capacités des femmes est un facteur essentiel au processus visant à faire sortir des millions de personnes du cycle de la pauvreté et de la faim. En offrant aux femmes des opportunités économiques et éducatives, de même que l’autonomie nécessaire pour tirer partie de telles perspectives, un obstacle important à l’élimination de la pauvreté serait surmonté.

La provision de crédit, en particulier de microcrédit, est une stratégie très courante et concluante dans le domaine de l’élimination de la pauvreté. D’après le Rapport sur la pauvreté de 1998 du Programme de développement des Nations Unies, dix millions de femmes à travers le monde bénéficient aujourd’hui de systèmes de petits prêts. Quelques exemples mise en œuvre depuis la Conférence de Beijing :

  • En 1997, les Etats-Unis ont consenti plus de 10 000 prêts, pour un total de 67 milliards de dollars, à des femmes propriétaires de petites entreprises.
  • A Belize, la Small Farmers and Business Bank a consacré 29 % de ses fonds à des femmes.
  • Le Japon a accordé des prêts sans intérêts à 27 000 femmes vivant en zone rurale.
  • Depuis 1994, 96 % des femmes palestiniennes ayant participé à des projets agricoles ont bénéficié de la mise en place de programmes de prêt.
  • A Trinité-et-Tobago, 65 % des prêts consentis par la Small Business Development Compagny sont allés à des femmes.
  • Au Soudan, le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a fourni le capital initial pour l’établissement d’entreprises commerciales afin d’éléver le niveau de vie des femmes ayant de faibles revenus.
  • Au Viet Nam, un projet mené par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a aidé plus de 60 000 femmes pauvres dans 198 communes de 28 provinces, leur allouant des petits prêts et leur dispensant une formation élémentaire sur les activités génératrices de revenu.

Le Programme d’action de Beijing a également lancé un appel en direction des pays, pour que ceux-ci «entreprennent des réformes législatives et administratives afin d’accorder aux femmes un accès complet et égal aux ressources, dont le droit d’hériter et d’accéder au statut de propriétaire terrien ». Les progrès dans ce domaine ont néanmoins été lents. Seuls un petit nombre de pays, dont la Bolivie, la Malaisie, la Tanzanie et le Zimbabwe, ont procédé à des modifications législatives conférant aux femmes le droit d’hériter d’une terre.


Les ménages dirigés par des femmes

Dans les pays développés comme dans les pays en développement, on a constaté une augmentation du nombre de ménages dirigés par des femmes. On estime que les ménages dirigés par des femmes ne bénéficiant pas du salaire d’un homme sont en général plus pauvres que les ménages dirigés par les hommes. Les ménages dirigés par les femmes sont plus sensibles à l’augmentation du chômage et aux réductions des allocations familiales. Les actions pour enrayer ce phénomène comprennent :

  • L’Italie, dans sa loi budgétaire de 1998, a alloué 250 millions de lires pour garantir un revenu minimal aux familles pauvres, pour la plupart dirigées par des femmes.
  • L’Iran et le Japon ont consacré des fonds à des programmes visant à intégrer les ménages ruraux dirigés par des femmes dans l’emploi productif.
  • Singapour a mis en œuvre le Plan d’aide aux familles peu nombreuses conçu pour aider les familles à faibles revenus, notamment celles dirigées par des femmes, à accéder à l’éducation et au logement.
  • La Grèce a institué des versements en faveur des ménages dirigés par des femmes.