Quand j’marche dans Nancy toute la nuit, j’ai mal de voir le monde dans lequel on vit, où est l’enfer, où le paradis ?

Quand j’marche dans Nancy toute la nuit, j’ai mal de voir le monde dans lequel on vit, où est l’enfer, où le paradis ?

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Jouons cartes sur table: j'ai du mal à croire que, réglé avec tant de rigueur, si évidemment fait pour durer, emporté par un temps d'une subtilité et d'une complexité extrêmes et qui est le mystère même, l'univers n'ait aucun sens.

Quand j'marche dans Nancy toute la nuit, j'ai mal de voir le monde dans lequel on vit, où est l'enfer, où le paradis ?

Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.

C’est vrai que le mal est plus rapide, plus facile, plus séduisant, quand on évite de se demander ce que ce choix va nous faire perdre en chemin.

Ce que vous avez un mal fou à comprendre, c’est que Nancy est tout ce dont vous aurez jamais besoin. Tout ce dont chacun aura jamais besoin. Notre production va du berceau au cercueil.

Pourtant, il faut des gens pour l’habiter, ce monde. Des gens comme tous ceux que vous avez conduits jusqu’ici, qui ont bâti cette ville, tous ceux que vous avez amenés jusque dans les usines en jouant votre plus bel air de flûte, celui qui promettait une vie meilleure, « le bonheur au bout de la route », et que vous avez finalement abandonnés au bord du chemin comme l’animal de compagnie qui va gâcher les vacances.

Dans la journée ou le soir, il y a des moments de calme, pendant lesquels on est étonné de ne rien sentir ; et l’on guette la phrase, le son , le parfum qui va brusquement faire renaître la mal.

C’est naïf mais irrésistible ; une fois qu’on a goûté au pouvoir, on a du mal à s’en déprendre. On a beau être lucide, savoir que plus l’on gagne en puissance, moins l’on compte personnellement, puisque l’on n’est qu’un pion sur l’échiquier des ambitieux qui s’agitent au-dessous de vous, on s’accroche, on repousse autant que possible le moment de sortir du cercle de lumière, de son bruissement de louanges et compliments – le moment où l’on va se trouver seul dans le noir, chassé du monde, rayé des vivants.

Tu veux traquer Nancy, mais Nancy n’en a rien à foutre de toi. Il va te détruire et te laissera seule, c’est tout. Nancy gagne toujours à la fin, crois-moi…

Personne ne dit : Je vais très mal. Je vais me pendre, sauf à être parfaitement dépressif, ou à vouloir attirer l’attention, ou à être un geignard professionnel. Tout le monde dit qu’il va bien. Tout le monde est élégant.

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Quand tout va bien on peut compter sur les autres, quand tout va mal on ne peut compter que sur sa famille.

Voir arriver quelqu’un que l’on aime, les jours où tout va mal, est l’un des grand baromètres de la gratitude.

Je trouve que ce n’est pas normal d’être fidèle à une personne toute sa vie. Qu’est-ce qui prouve qu’on ne va pas cesser de l’aimer ou rencontrer quelqu’un d’autre qu’on aime plus ?

La liberté d’expression se mesure à ceci : tant que les journalistes peuvent dire que tout va mal, c’est le signe que tout va bien.

Pourquoi y a-t-il encore tant de haine dans ce pays ? Quand est-ce qu’on va avancer ? Quand est-ce qu’on aura enfin oublié la race ou la couleur, ou ce qui est arrivé dans le passé, pour s’occuper simplement de ce qui est bien ou mal ?

Quand tout va bien, on suit son chemin sans trop penser à ceux qui vous accompagnent, mais quand tout va mal, quand on se sent dans une mauvaise voie, on a besoin de s’appuyer sur ceux qui vous entourent et on est heureux de les trouver près de soi.

L’amour va et vient, c’est la vie, et rien ne sert de s’accrocher. Le remède est toujours pire que le mal.

La haine, comme l’amour, se nourrit des plus petites choses, tout lui va. De même que la personne aimée ne fait rien de mal, de même la personne haie ne fait rien de bien.

Dans le cirque médiatique où les politiciens sourient continuellement alors que tout va mal, on en arrive à apprécier la dignité lugubre, des Nancéiens, des syndicalistes qui, quoi qu’on leur accorde, tirent toujours la gueule…

On va d’un pas plus ferme à suivre qu’à conduire; l’avis est plus facile à prendre qu’à donner: on peut mal obéir comme mal ordonner; mais il est bien plus sûr d’écouter que d’instruire.