FAIRE PARTICIPER LES FEMMES AUX DÉCISIONS EN MATIÈRE D’ENVIRONNEMENT ET DE SANTÉ

FAIRE PARTICIPER LES FEMMES AUX DÉCISIONS EN MATIÈRE D’ENVIRONNEMENT ET DE SANTÉ

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FAIRE PARTICIPER LES FEMMES AUX DÉCISIONS EN MATIÈRE D’ENVIRONNEMENT ET DE SANTÉ
FAIRE PARTICIPER LES FEMMES AUX DÉCISIONS EN MATIÈRE D’ENVIRONNEMENT ET DE SANTÉ

Le développement durable exige que soient reconnues et appréciées les multiples façons dont la vie des femmes est inséparable des réalités environnementales.

Il faut faire respecter le droit des femmes à posséder la terre et à en hériter; il faut garantir la jouissance individuelle et communale des terres; il faut assurer l’accès des femmes au crédit, aux services de vulgarisation agricole et de gestion des ressources, et elles doivent participer aux décisions portant sur l’organisation et le contenu des services.

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La participation des femmes doit s’étendre à l’information, à l’éducation et aux services relatifs à la santé et aux droits en matière de reproduction.

En faisant un choix de fécondité, les femmes font un pas vers l’égalité : elles peuvent ainsi intervenir dans d’autres décisions du ménage et de la communauté, par exemple l’éducation et les soins de santé à donner aux fillettes; l’utilisation des ressources communes et la création de perspectives économiques.

La participation des femmes aux décisions relatives à la santé et à l’environnement s’exerce au bénéfice des individus, de la société et de l’environnement même.

En fait, comme l’expérience le
montre de plus en plus souvent, les services de santé en matière de reproduction et de protection de l’environnement peuvent collaborer de manière très profitable s’ils sont conçus pour répondre aux priorités propres des communautés.

L’intégration rend inutile de doubler les services extérieurs et répond aux besoins solidaires des femmes.

Pour réussir en de telles activités, il est capital d’inspirer confiance : dans un projet exécuté en Amérique latine, une femme membre d’une organisation écologique, qui avait noué des rapports étroits avec les résidents des villages, fut inondée de demandes d’information et de soins concernant la santé en matière de reproduction.

De son côté, un agent des services de santé publique qui n’avait pas noué les mêmes rapports a reçu peu de demandes analogues.

Les études ont aussi établi, et il n’est pas surprenant de le constater, que l’élément crucial du succès de services intégrés de santé en matière de reproduction et de protection de l’environnement réside dans l’engagement actif des femmes.

par exemple ceux qui vivent sur les décharges sauvages et en tirent leurs moyens d’existence, sont probablement les plus défavorisés de la planète, sur le plan humain aussi bien qu’économique.

À l’heure où les femmes se joignent à la migration des zones rurales vers les zones urbaines, elles sont exposées à l’exploitation économique et sexuelle – exploitation dans un travail d’atelier épuisant et très mal rétribué, trafic des humains, sévices ou violence; les ouvrières d’usine risquent d’être exposées aux produits chimiques, à des poussières nocives ou autres formes de pollution.

Parallèlement aux risques, pourtant, de nouvelles perspectives économiques se présentent. L’affranchissement des hiérarchies sociales propres aux communautés rurales peut aussi offrir la chance d’aller à l’école, au collège ou à l’université, d’acquérir des savoir-faire commercialisables et de décider soi-même du moment du mariage et du choix du conjoint, ou de rester célibataire.

Les femmes des villes ont une meilleure chance de pouvoir décider elles-mêmes du nombre de leurs enfants et du moment de leur naissance, ou de ne pas en avoir, à la fois parce que les relations entre les sexes changent et parce qu’elles ont un accès plus facile à l’information et aux services de santé en matière de reproduction.

Pour gérer efficacement les ressources du ménage et autres ressources, les femmes ont besoin, dans les zones rurales comme urbaines, d’une certaine gamme de choix : nombre d’enfants et espacement des naissances; soins de santé, y compris santé en matière de reproduction; éducation; et partenariat avec les hommes.

Il y a de nombreux exemples de programmes qui mettent les femmes en mesure de mieux gérer les ressources aussi bien que d’améliorer leur santé en matière de reproduction.

Les programmes d’encadrement peuvent généralement offrir certains éléments des soins de santé en matière de reproduction en même temps que des informations et une assistance concernant la gestion des ressources.

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À Sangha (Mali), cette petite fille regarde les femmes faire la cuisine. En soutenant les droits des femmes, on peut briser le cercle vicieux de la pauvreté, de l’impuissance et de la dégradation de l’environnement Erik Just (Danemark)

FORGER DE NOUVEAUX RAPPORTS

Le fait d’avoir accès à l’information et à l’éducation, ainsi qu’aux services de vulgarisation agricole et de santé en matière de reproduction, facilite le succès des négociations.

L’appui des lois et politiques relatives aux droits des femmes et à l’égalité entre les sexes, ainsi qu’à une utilisation durable et à la protection des ressources naturelles, est non moins essentiel.

S’ils bénéficient de cet appui, femmes et hommes peuvent mettre en route un « cercle vertueux » où la durabilité et l’équité s’apportent un soutien mutuel. Sans cet appui, ils sont enfermés dans une « spirale vicieuse » de dégradation continue de l’environnement, de pauvreté, de fécondité élevée et de perspectives limitées, qui conduisent à l’effondrement de l’environnement et de la société.

Des groupes de femmes sont en train de s’organiser pour intégrer pleinement les femmes au processus politique, de telle sorte qu’elles puissent participer à part entière à la prise des décisions qui retentissent sur leur propre vie, notamment sur les points suivants : utilisation du sol et des ressources en eau pour
l’agriculture; approvisionnement en électricité, eau potable et énergie; services de santé et d’éducation; et perspectives économiques.

En de nombreux pays, ces groupes réussissent.

Le succès dépend de l’aptitude à forger de nouveaux rapports entre les femmes et l’environnement, et entre les femmes et le monde au sens large.

Wangari Maathai est une écologiste kényenne et la fondatrice du Mouvement de la ceinture verte (Green Belt Movement), qui agit avec des femmes dans 20 pays pour planter des arbres.

D’après elle, ces transformations sociales et écologiques sont bien engagées : « L’acte de planter des arbres », affirme-t-elle, « implique une éducation civique, une stratégie visant à affranchir les femmes et à leur donner le sentiment de prendre leur destinée en main, faisant taire leurs craintes pour qu’elles puissent défendre leurs droits écologiques. De manière qu’elles [les femmes] puissent contrôler la direction de leur propre vie.»

Quand l’environnement se modifie, des conflits nouveaux et plus intenses peuvent se déclarer entre les sexes, mais femmes et hommes peuvent aussi y trouver des occasions de négocier des rapports d’égalité.

Par exemple, à Terre-Neuve (Canada), l’effondrement des stocks ichtyologiques de l’Atlantique nord a introduit un chômage massif dans des communautés dont l’existence dépendait jadis presque exclusivement du poisson. Avant la crise, les hommes pêchaient et les femmes travaillaient dans les usines de traitement
du poisson. Mais, comme hommes et femmes passaient maintenant la journée au foyer, les conflits familiaux se sont aggravés.

Les femmes voulaient être davantage aidées dans la maison, mais aussi sentaient leur propre univers envahi; et les hommes s’estimaient souvent émasculés par les exigences de leur femme.

La consommation d’alcool et les conflits avec les hommes hors du foyer se sont aussi aggravés.

Les jeunes femmes ont commencé à voir dans leur mari ou leur compagnon des êtres indésirables, le nombre de foyers dirigés par une femme a augmenté, et la migration des deux sexes, surtout des personnes ayant un
bon niveau d’éducation, s’est sensiblement accrue.

À Bilma (Niger), un environnement modifié a suscité une réaction plus positive chez les travailleurs des mines de sel.

Depuis des centaines d’années, des hommes parcouraient en grand nombre le Sahara pendant des mois de suite, transportant le sel et l’échangeant contre des fruits, des céréales et de l’or.

Ces dernières années, la valeur marchande du sel a diminué et les camions ont très souvent remplacé les chameaux comme moyen de transport des marchandises, ce qui a contraint la plupart des hommes à adopter un mode de vie plus sédentaire. Réagissant à cette situation, hommes et femmes ont développé de nouveaux types de partenariat.

Bien des femmes travaillent maintenant aux côtés de leur mari à ramener le sel du fond des puits – chose inconcevable voilà seulement une génération.

Quand un père mourait, ses filles ne pouvaient alors continuer d’exploiter ses puits. Il y fallait des jeunes gens
ou des hommes.

Mais aujourd’hui, quand une femme se marie, elle peut rejoindre son époux à la mine.

On voit aussi plusieurs couples travailler ensemble et il y a même des femmes
célibataires parmi les mineurs.

Le changement environnemental introduit de nouvelles tensions et de nouveaux choix dans la vie des femmes et des hommes. L’évolution des rôles des deux sexes qui résulte du changement environnemental peut déboucher sur une meilleure communication et sur la prise des décisions en commun; mais négocier de nouveaux rôles et responsabilités peut constituer un pénible processus.

Il importe de développer autant que possible la souplesse des rapports sociaux et les ressources que femmes et hommes peuvent apporter aux négociations, tant entre eux qu’avec le monde naturel.

Par Diana Abdou

Éditrice en chef