Avant-propos : L’empathie pour quoi faire ?

Avant-propos : L’empathie pour quoi faire ?

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Privés de cours dans les établissements, les étudiants sont essorés par d’interminables mois de crise, dont ils subissent de plein fouet les nombreux effets. Pour permettre aux 2,5 millions d’étudiants en France de garder espoir, le gouvernement a avancé des pistes que Manuel Tunon de Lara, président de la Conférence des présidents des universités, juge sur Europe 1.

Avant-propos : L’empathie pour quoi faire ?
Avant-propos : L’empathie pour quoi faire ?

INTERVIEW

Encore un effort” : voilà ce qu’a répondu Emmanuel Macron à Heïdi Soupault, étudiant à l’IEP de Strasbourg, qui lui a écrit qu’à 19 ans, elle a “l’impression d’être morte” et qu’elle n’a “plus de rêves”. Les étudiants font partie de ceux qui subissent de plein fouet ces restrictions durables face au coronavirus. Un chiffre témoigne de ce mal-être grandissant et de plus en plus médiatisé : un tiers des étudiants ont des signes de dépression, soit 800.000 personnes, rappelle Manuel Tunon de Lara, président de la Conférence des présidents des universités

“Je ne crois pas que la situation soit longtemps tenable parce qu’il faut se rendre compte qu’on dit ‘encore un effort’ à ces étudiants depuis près d’un an”, souligne Manuel Tunon de Lara. “Peut-être qu’on n’a pas pris toute la mesure de la détresse et de ce que cela impliquait pour des étudiants.” C’est d’ailleurs ce que confie Heïdi Soupault à Europe 1 : “On continue à s’enfoncer dans une sorte de marasme psychique. C’est un autre confinement. Ça va être très, très dur pour beaucoup d’étudiants.”

“Sauver le second semestre”

Le gouvernement a annoncé cette semaine la reprise des TD (travaux dirigés) en demi-groupe pour les premières années. “C’est super pour les premières années, mais il y a quand même toute une partie des étudiants pour qui cela ne change juste rien”, déplore Heïdi Soupault. “Aujourd’hui, il faut sauver le second semestre. Pour cela, il faut qu’il y ait une reprise. On est très contents qu’on puisse commencer à le faire avec les premières années, mais il faut l’étendre aux autres années”, abonde Manuel Tunon de Lara. “La détresse n’a pas uniquement le périmètre de la première année de licence.”

 J’ai pleinement confiance dans cette jeunesse, mais il faut les aider assez vite 

Vendredi, Manuel Tunon de Lara, également président de l’Université de Bordeaux, a rencontré Jean Castex et la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, pour évoquer les solutions à la crise actuelle. Parmi les pistes lancées figurent le “chèque santé mentale” et le doublement des psychologues mobilisés. “Ces réponses sont nécessaires, mais ne sont pas suffisantes. Aujourd’hui, on a des réponses sur l’accompagnement, sur les petits groupes de 10 étudiants, sur les psychologues, les assistantes sociales. Mais la vraie réponse, c’est la reprise des cours”, insiste-t-il.

“Rattrapable” jusqu’en février ?

Dans ce contexte, les présidents d’universités proposent “qu’au delà de la jauge de 50% et de TD pour les premières années, peu à peu ceci soit fait sur l’ensemble des étudiants, quitte à ce qu’il y ait des jauges d’établissement. On est capables d’organiser ça.” Mais pour l’instant, l’exécutif n’a pas formulé de réponse à ces propositions. Une chose est sûre : “L’empathie ne suffit plus”, prévient le président de la Conférence des présidents des universités.

L’enjeu, dans l’enseignement supérieur, est donc de procéder rapidement au retour des étudiants pour limiter les conséquences psychologiques. Manuel Tunon de Lara considère que la situation est pour l’instant “rattrapable, à la condition de ne pas trop tarder” et de procéder à des adaptations grâce à “une flexibilité sur deux ou trois ans”. “J’ai pleinement confiance dans cette jeunesse”, martèle le dirigeant. “Mais il faut les aider assez vite. Je pense qu’au-delà de février, on peut être dans une situation de non-retour pour certains.” Cela conduirait, selon lui, à “une année sacrifiée”.



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