En #2020 ce que l’on porte : Ce qui est démodé, c’est ce que portent les autres

En #2020 ce que l’on porte : Ce qui est démodé, c’est ce que portent les autres

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“Les femmes n’ont sans doute pas inventé la poudre, mais elles ont sûrement trouvé la houppette pour s’en servir.”

En #2020 ce que l'on porte : Ce qui est démodé, c'est ce que portent les autres
En #2020 ce que l’on porte : Ce qui est démodé, c’est ce que portent les autres

La mode concerne non seulement le vêtement mais aussi les accessoires, le maquillage, le parfum et même les modifications corporelles. Les facteurs déterminant la mode sont parfois une recherche esthétique (notamment pour les grands créateurs). Néanmoins, la mode est aussi déterminée par d’autres facteurs, pour ceux qui la suivent : un moyen d’affirmer son rang social, son groupe social, son pouvoir d’achat et sa personnalité ; ou bien pour les créateurs qui imitent, un moyen commode de gagner de l’argent et du succès.

Porter des collections des années (voire des décennies) précédentes jusque sur les tapis rouges, c’est la nouvelle attitude mode. Décryptage de cette tendance de mode vintage, esthétique et très éthique.

La mode n’est pas quelque chose qui existe uniquement dans les vêtements. La mode est dans l’air, portée par le vent. On la devine. La mode est dans le ciel, dans la rue.

La mode (ou les modes), et plus précisément la mode vestimentaire, désigne la manière de se vêtir, conformément au goût d’une époque dans une région donnée. C’est un phénomène impliquant le collectif via la société, le regard qu’elle renvoie, les codes qu’elle impose et le goût individuel.

En 2020 ce que l'on porte : Ce qui est démodé, c'est ce que portent les autres

J’adore et admire tous ceux qui sont différents. J’aime ça. Le «jet set» est banal. Le «bon goût» est banal. L’excentricité est chic. Le bon goût paralyse. Mais la mode du punk ou de la rue ou un corps couvert de tatouage, c’est intéressant pour moi, et j’adore. Je ne suis pas allé à l’école de la mode. J’ai appris à regarder des émissions de couture à la télévision et à lire des magazines. Cela m’a fait rêver.

Pour vivre heureux avec peu de moyens, pour rechercher l’élégance plutôt que le luxe, et le raffinement plutôt que la mode; pour être épanoui plutôt que respectable, avoir une richesse intérieure et non une richesse pécuniaire; pour étudier dur, penser calmement, parler gentiment, agir franchement; pour supporter tout avec douceur, faire tout bravement, attendre les occasions, ne jamais se presser. En d’autres termes, laisser le spirituel, sans attache et sans conscience, grandir au travers du commun.

« Il y a aujourd’hui une forte quête de singularité, note Thomas Zylberman, styliste chez Carlin International. L’industrie de la mode tend à proposer de l’uniformité, et les pièces du passé, que j’appelle des pièces ‘collector’, sont par essence uniques et donc ‘différenciantes’. » Autre facteur qui pèse lourd dans cette envie de sortir du lot : les réseaux sociaux, à commencer par Instagram, ont tendance à accentuer le conformisme. Qui n’a jamais éprouvé une lassitude en consultant son fil Linkedln, à égrainer les mêmes clichés, les mêmes visuels consensuels, les mêmes emballements, la même esthétique hier singulière mais aujourd’hui devenue mainstream ? Signe des temps, c’est pour contrer cette impression d’uniformisation que Marie-France Cohen – créatrice de Bonpoint et de Merci (qu’elle a depuis revendus) – lance Démodé, un magasin en ligne et son incarnation en divers pop-up stores, qui ne proposera que des choses « belles et faites pour durer, sans souci de la tendance ».

La mode et son système frénétique, fait de désirs toujours réenclenchés, auraient-ils donc du plomb dans l’aile ? De nombreuses voix questionnent ce modèle. Pour dynamiter le consensus, certains créateurs ou consommateurs choisissent de flirter avec le mauvais goût, le kitsch, le transgressif (ce qui fait qu’on peut voir défiler, sans s’étonner, des hommes ressemblant à des serial killers, des filles à des hooligans, des silhouettes bling-bling surchargées de logos, des robes taillées dans des maillots du PSG…). Mais pour d’autres, le salut est dans la rétro-mania assumée. « De nombreux créateurs, comme Alessandro Michele, chez Gucci, ou Anthony Vaccarello, chez Saint Laurent, s’inspirent sans complexe du passé et le disent, quand hier c’était encore un peu tabou », souligne Marie Blanchet, chef du département vintage chez Vestiaire Collective. Du coup – ironie des temps -, le vintage résonne souvent avec les tendances actuelles. Dans les friperies branchées de Londres ou New York, comme Beyond Retro et Episode à Brooklyn, voilà plusieurs saisons que l’on classe les fringues par moodboards, reprenant les inspirations du moment. Pourquoi acheter très cher du néo-90’s de créateur quand on peut trouver pour moitié prix du sublime Martin Margiela, Ann Demeulemeester ou Comme des Garçons d’époque ? « Il y a dans cet acte d’achat une forme d”empowerment’, remarque encore Thomas Zylberman, une manière de montrer qu’on ne s’en laisse pas conter, qu’on reprend la main sur son destin, hors des discours marketés qui voudraient nous faire acheter telle ou telle pièce.

La quête de sens, voilà le maître concept. « Les consommateurs cherchent du récit, explique Delphine Robert, directrice artistique du bureau de tendance Instinct. Ils veulent quelque chose d’authentique, avec une véritable histoire à découvrir et ils ne trouvent pas cela dans les productions de masse. » Or un vêtement unique, fabriqué à une autre époque, cela raconte une histoire. Un pan de vie, une perspective sociologique, la place des femmes, des jeunes, des rebelles ou des aristos au moment de sa conception. Forcément, cela donne une profondeur au vêtement. Un cachet.

« Le vintage, c’est politique », affirmait Chloë Sevigny en mai, alors qu’elle nous racontait sa quête addictive de vêtements de seconde main. De fait, il devient difficile de consommer de la mode sans penser à l’impact environnemental de cette industrie – deuxième secteur le plus polluant au monde derrière la pétrochimie. Stella McCartney vient notamment d’annoncer un partenariat avec le site de seconde main The RealReal pour encourager le luxe durable. « Participer à l’économie circulaire est essentiel pour la planète », confie la créatrice. Valérie Gerbi confirme : « Les consommateurs sont de plus en plus conscients de la dimension écologique du vêtement. » Acheter d’occasion, c’est participer à cette économie, c’est recycler, donner une seconde vie, produire moins de déchets, utiliser moins d’eau… Barbant ? Les jeunes millennials, eux, n’ont que cette préoccupation à la bouche. Pour sortir de l’idéologie du vêtement jetable et du « toujours plus », ils seront à n’en pas douter les moteurs d’une prise de conscience à plus large échelle. Pour eux, l’utopie de demain sera (sûrement) « rétro cool ».