Le passé et le présent : suis-je ce que mon passe a fait de moi ?

Le passé et le présent : suis-je ce que mon passe a fait de moi ?

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Le passé et le présent : suis-je ce que mon passe a fait de moi ?
Le passé et le présent : suis-je ce que mon passe a fait de moi ?

J’ai aujourd’hui une identité qui m’est propre et qui, me distinguant des autres, révèle mon originalité et ma particularité. Cette identité est le fruit de mon histoire personnelle. C’est la somme des expériences vécues qui a fait de moi ce que je suis maintenant.

Mais mon passé ne détermine pas l’ensemble de mon existence. Je peux, aujourd’hui, à chaque instant, décider de ce que je veux faire de ma vie. Celle-ci est ouverte sur un futur qui est pour moi une page vierge à remplir.

Peut-on dire alors que le passé structure mon identité et détermine une fois pour toutes ce que je suis ? Ne pourrait-on pas au contraire estimer que le passé joue un rôle second dans la construction de mon identité ?

Un individu sans aucun passé (le « voyageur sans bagages « d’Anouilh) est difficilement concevable. Il convient donc d’estimer l’importance de ce même passé pour le repérage de ce qu’est un sujet : suis-je (seulement) ce que mon passé a fait de moi ?

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  • 1. Le passé, condition du présent et de l’avenir

 a. Mon histoire personnelle constitue ce que je suis aujourd’hui
 
b. Une continuité temporelle
 
c. Le déterminisme temporel

  • 2. Je ne suis pas déterminé par mon passé

a. La signification que je donne à mon passé est en mon pouvoir
b. Tout se joue aujourd’hui

La conscience est un pouvoir de représentation permettant à l’homme d’avoir la connaissance des
choses et de lui-même. Il sait qu’elles existent et il a la connaissance immédiate de sa propre
existence ainsi que de ses états et de ses actes.

Le terme signifie étymologiquement « avec la connaissance de ». La conscience est un savoir accompagnant la vie, les pensées et les actes d’une personne.

C’est même, si l’on en croit Locke, la conscience de soi qui fonde la possibilité de se savoir une seule et même personne tout au long de sa vie.

En ce sens il semble y avoir une équivalence entre la conscience de soi et la connaissance de soi.

Pourtant suffit-il de s’apercevoir, de se donner la représentation de soi-même pour prétendre être ce que j’ai conscience d’être? La notion de connaissance connote en effet l’idée d’un savoir obéissant à une exigence de lucidité et d’objectivité.

Le doute s’impose, par ailleurs, car nous faisons souvent l’expérience de l’opacité de notre être.

Nous sommes tristes mais nous ne comprenons pas pourquoi, nous sommes traversés par un désir mais il nous étonne.

Nous soupçonnons, dans telle situation, qu’il y a en nous quantité de choses dont nous ignorons l’existence et nous découvrons parfois dans la stupéfaction, l’écart existant entre l’image que nous nous faisons de nous-mêmes et celle que les autres nous renvoient.

Pire, nous nous surprenons à nous mentir et à mentir aux autres comme s’il était impossible d’assumer certaines dimensions de notre être.

Et il faut souvent la médiation d’autrui ou de certaines épreuves pour nous dessiller et comprendre que nous ne sommes pas ce que nous avions l’illusion d’être.

Il apparaît donc que la conscience de soi, qui est une condition nécessaire de la connaissance de soi, n’en est pas une condition suffisante.

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La question est alors de savoir pourquoi
il en est ainsi. Qu’est-ce qui expose la conscience de soi à l’illusion et la condamne souvent à être
une méconnaissance de soi ?Pour autant, le terme de connaissance est-il approprié pour désigner
l’opération permettant de se saisir dans son identité humaine et dans son identité personnelle ?
Car le propre d’un sujet est de ne pas avoir la consistance et la permanence des objets. Si la
connaissance implique des procédures d’objectivation, n’est-elle pas par principe condamnée à
manquer l’identité d’un sujet ?

1. Le passé, condition du présent et de l’avenir

Mon histoire personnelle constitue ce que je suis aujourd’hui

Je suis aujourd’hui uniquement défini par la somme de mes expériences passées. L’existence humaine suppose la capacité de retenir le temps dans le souvenir : même si le temps est irréversible, j’ai le pouvoir de le convoquer de nouveau par le biais de ma mémoire. Celle-ci garde des empreintes du passé. Ainsi, même si je suis aujourd’hui adulte, je porte en moi l’image de celui que j’étais enfant : je me souviens de mon enfance, de mes premières expériences, et c’est en fonction de ces souvenirs que je construis mon existence présente.
Ce que j’ai découvert par le passé n’a pas été oublié et je sais que c’est grâce à ce que j’ai vécu que je suis tel que je suis. Que mes choix de vie se soient faits en fonction de mon passé (en tirant des leçons de ce que j’ai vécu), ou par opposition à lui (pour ne pas revivre des expériences douloureuses), dans tous les cas c’est mon passé qui conditionne mes choix présents.

b. Une continuité temporelle

Je vis le temps selon une continuité : ma conscience fait le lien entre mon passé et mon présentBergson explique, par exemple, que la conscience est un « trait d’union » entre le passé et le futur : « Sur ce passé nous sommes appuyés, sur cet avenir nous sommes penchés ; s’appuyer et se pencher ainsi est le propre d’un être conscient. […] La conscience est un trait d’union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l’avenir. » (L’Énergie spirituelle, 1, « La conscience et la vie », 1919).
La conscience effectue, en quelque sorte, la synthèse entre le passé et l’avenir : elle relie les moments différents, si bien que, pour moi, aucun moment de mon passé ne m’est totalement étranger. Plus encore, je me reconnais dans l’image de celui que j’ai été. Mon passé fait partie de moi.

c. Le déterminisme temporel

Dire de mon passé qu’il a forgé ma vie présente, c’est lui donner un poids considérable. En effet, si je suis entièrement déterminé par mon passé, et par les événements qui le constituent, c’est reconnaître que je suis privé de liberté.

Les psychologues expliquent aujourd’hui qu’un enfant ayant été maltraité pendant son enfance a tendance, une fois devenu adulte, à faire subir à ses propres enfants les sévices qui lui ont été infligés. Cela signifie que notre identité se structure en fonction de certains schémas éducatifs : il peut en effet sembler « normal » à un adulte ayant été maltraité que la relation parent/enfant soit fondée sur la violence.

Cet adulte ne cherche pas forcément, comme on pourrait être porté à le croire, à se « venger » de ses parents sur ses propres enfants.

Si mon passé détermine mon présent et même mon avenir, dans quelle mesure suis-je encore libre de choisir mon existence ? Si mon passé commande mon présent, comment puis-je encore aujourd’hui décider de ma vie ?

2. Je ne suis pas déterminé par mon passé. 

La signification que je donne à mon passé est en mon pouvoir

Le passé n’est pas dépassé, mais il continue à faire sens pour moi encore aujourd’hui. C’est l’interprétation que je vais en faire qui va lui donner une force et une signification qu’il n’a peut-être pas en lui-même. En effet, c’est moi qui, après coup, interprète mes expériences passées et leur donne une importance qu’elles n’avaient pas forcément immédiatement.

Mon futur révélera a posteriori, comme le dit Sartre, si la crise mystique vécue à l’adolescence était pour moi passagère ou décisive. Si, par exemple, je décide d’être prêtre, je donnerai rétrospectivement à cette crise d’adolescence un rôle essentiel, alors que je l’oublierai très certainement si ma vie a pris un autre cours. Sartre peut ainsi dire que l’homme est projet : « L’homme est d’abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l’avenir. L’homme est d’abord un projet qui se vit subjectivement, au lieu d’être une mousse ou un chou-fleur. […] L’homme sera d’abord ce qu’il aura projeté d’être. » (L’existentialisme est un humanisme, 1946). La façon dont je décide d’agir aujourd’hui, les projets que je donne pour ma vie future donnent sens à mon passé.

La signification de mon passé n’est pas fixée, elle fluctue au contraire en fonction de mon projet présent, qui lui-même porte sur l’avenir.

b. Tout se joue aujourd’hui

Le présent joue par conséquent un rôle fondamental dans mon existence. Je ne reçois pas mon passé en héritage, mais je le crée aujourd’hui en fonction de mes projets actuels.

Je décide maintenant de ce que je veux faire de mon passé. Je peux l’accepter, en assumer la responsabilité, ou au contraire le refuser, ne pas vouloir m’y reconnaître. Même si j’ai passé six ans de ma vie à être dans Foyers, je ne suis pas un criminel à vie : je peux décider maintenant de repartir à zéro et de me construire une existence nouvelle qui sera en rupture avec mon passé.

C’est donc moi qui, librement, décide aujourd’hui du sens que je donne à ma vie. L’existence est donc le fruit d’une décision de tous les instants. Même si mon histoire passée peut expliquer ce que je suis devenu, je suis ce que je choisis d’être maintenant et je suis totalement libre par rapport à ce passé.

L’essentiel

Si mon vécu personnel conditionne, dans une certaine mesure, mes choix de vie présents, au sens où je décide de me situer par rapport à ce passé (en accord ou en opposition avec lui), il n’en reste pas moins que c’est moi qui construis mon passé au fil des événements présents et des objectifs futurs que je me fix : le conditionnement du présent par le passé n’équivaut donc pas à un déterminisme.