Une femme transgenre ne peut (toujours) pas être récompensée part sont travail, C’EST PAS CONTRADICTOIRE ?

Une femme transgenre ne peut (toujours) pas être récompensée part sont travail, C’EST PAS CONTRADICTOIRE ?

La question peut être posée. Après tout, en tant que femme transgenre, je prends soin de moi, de mon corps, de mon image. J'aime les jolies robes, je me maquille, je m'épile. N'est-ce pas contradictoire, n'est-ce pas un message contraire avec celui que tentent depuis des dizaines d'années maintenant d'exprimer les féministes ?

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Le fait de s’approcher d’une image plus convenue de ce que serait une femme n’équivaudrait pas à cracher sur le message féministe, clamant qu’une femme ne l’est pas moins si elle est poilue, si elle a les cheveux courts et si elle boit de la bière ?

Les droits des personnes transgenres, c’est-à-dire celles qui « […] adopte[nt] l’apparence et le mode de vie de l’autre genre sans pour autant changer de sexe »[2], ont subi une nette évolution au cours de la dernière année.

À vrai dire, non.

C’est en étant féministe, justement, que l’on ne croit pas que les individus sont déterminés par leurs organes génitaux, que l’on peut les considérer avant tout en tant qu’humains en dépassant leur simple classification en terme d’anatomie. C’est en étant féministe que l’on refuse de voir les femmes comme étant des vagins sur deux jambes, et les hommes des paires de testicules mouvants n’attendant que de pouvoir féconder à tout prix. Cela possède sa part d’exigences, et les comportements les plus décevants n’en seront que d’autant plus méprisés, tels que le peuvent être le harcèlement de rue et le harcèlement sexuel. C’est avant tout parce que les personnes dotées de testicules sont considérées par les féministes comme autre chose que des prédateurs en puissance que leurs comportements les plus avilissants provoquent au sein du mouvement les réactions les plus vives. L’humanité vaut mieux que ça, mérite mieux que ça, peut prouver qu’elle n’est pas si lamentablement soumise à ses pulsions que notre société voudrait nous le faire croire. Nombre de comportements sont en réalité fruit d’éducation, parfois depuis la plus tendre enfance. Le débat sur l’inné et l’acquis n’aura jamais de fin pour la simple et bonne raison que les deux coexistent, s’entretiennent, communiquent. La séparation n’est pas si pertinente. Toujours est-il que l’on fabrique des hommes cisgenres dominants, conquérants, sûrs de leur droit ; que l’on fabrique des femmes cisgenres réceptives, attentionnées, manquant de confiance en elles. C’est une caractéristique de notre société dont il est difficile de se détacher parce qu’elle est très ancrée : elle a pollué notre façon de voir les choses jusque dans notre méthodologie scientifique, créant malheureusement un biais dans l’étude.

C’est une approche très superficielle du féminisme. Le féminisme vise l’égalité entre les genres aussi bien que la liberté des individus indépendamment de leurs attributs génitaux à la naissance. Alors oui, le féminisme vise, entre autres, la liberté de chacune à avoir du poil sur les jambes et à refuser les injonctions à la féminité de manière générale. Mais en réalité, il ne contraint pas non plus à ne pas se conformer à ces codes. C’est le principe de la liberté : une femme doit pouvoir correspondre à une certaine idée de la féminité, tant qu’elle n’y est pas forcée.


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Notre société est très binaire dans sa conception. Dans le monde occidental, il y a deux sexes, mâle et femelle, qui conduisent respectivement à deux genres, le masculin et le féminin (le fait donc d’être homme ou femme). Les hommes devront aimer les femmes, et inversement. C’est un présupposé par défaut, et tout le reste est considéré comme exception à la règle tacite. Toute la culture populaire part du principe que tous les personnages sont cisgenres et hétérosexuels, à moins que ça ne soit expressément mentionné (et que cela ne serve le scénario).  Jusqu’à très récemment, toute rupture de cette règle signifiait d’ailleurs que le personnage était dérangé et probablement le méchant de l’histoire. Il y a extrêmement peu d’exemples de personnages de fiction qui ne soient pas cisgenres ou hétérosexuels. Les publicités s’adressent aux familles nucléaires, considérées comme normales, prenant leurs bases autour d’un couple composé d’un homme et d’une femme cisgenres, fertiles, avec des enfants (et une maison, une voiture, et même un chien bien souvent). L’ensemble de la société est construite autour de l’idée que la normalité est cisgenre et hétérosexuelle, que c’est l’option par défaut. Le reste est déviance et donc anormal, bizarre, dérangeant parfois. On doit faire son coming-out homosexuel ou transgenre ; faire son coming-out hétérosexuel ou cisgenre n’a pas lieu, car c’est la présomption par défaut.

Tout employeur a avantage à être proactif et à mettre en place des mesures pour soutenir les personnes transgenres dans son milieu de travail. Les protections législatives ne peuvent effectivement pas à elles seules régler toutes les situations susceptibles de survenir au quotidien. Tout membre professionnel des ressources humaines sait pertinemment que ce n’est pas la menace d’un recours judiciaire ou administratif qui permet d’avoir de bonnes relations en milieu de travail. Elles s’obtiennent plutôt grâce au travail acharné de conscientisation, d’information et de formation à tous les niveaux de l’entreprise. Il faut notamment se pencher sur la gestion avant, pendant ou après la période de transformation d’une personne transgenre, les nombreux rendez-vous médicaux, la transformation physique, l’habillement, les communications à l’interne et à l’externe, l’usage des toilettes et des vestiaires, le respect de la confidentialité, le harcèlement de la part de collègues ou de supérieurs, mais aussi de clients ou de fournisseurs.

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Pourtant, c’est une simplification outrancière de la réalité dans laquelle on vit.

Au-delà de ces considérations sur le sexe dit biologique, apparaissent celles sur le genre. Des activités, modes d’expression et rôles sont définis comme étant féminins ou masculins. En tant qu’individus, nous nous définissons souvent comme étant des hommes ou des femmes (comme évoqué dans un précédent article, nous avons en réalité le choix de refuser cette classification, et certaines personnes s’en revendiquent). Le fait de s’identifier à l’un ou l’autre des genres n’est pas le simple fait des personnes transgenre : les personnes cisgenres le font également. Lorsque l’on vous demande si vous êtes un homme ou une femme, que vous répondez, vous affirmez votre identité de genre. Qu’elle corresponde à ce qu’on attend de vous n’était pas une obligation, même si l’on aurait pu le croire.

La vérité, c’est que le fait même de prétendre à l’existence de deux sexes dits biologiques est une simplification. Le sexe ne se limite pas à l’organe génital, il s’agit d’un ensemble de paramètres, de facteurs, qui vont influer la façon dont on va pouvoir classer un individu, dès la naissance, dans l’une des deux cases préconçues. On aurait pu choisir de ne pas faire de cases, ou bien d’en faire bien plus de deux, mais on a choisi d’en faire deux. Je pense personnellement que c’est par commodité de reproduction, réduisant au passage le mâle à un fécondateur et la femelle à une matrice d’incubation (flatteur, n’est-ce pas ?), oubliant au passage tous les individus stériles ou qui ne désireraient simplement pas avoir d’enfants… Ces deux catégories sont considérées comme scientifiques et clairement séparées, alors que les nombreux paramètres les définissant (chromosomes, organes génitaux, pilosité, ossature, taux hormonaux, pomme d’Adam, poitrine, taille du corps et des pieds, poids, etc) sont extrêmement variables selon les individus au sein des deux catégories. Je connais des hommes cisgenre qui possèdent une poitrine et n’ont pas de pilosité, je connais des femmes cisgenre avec bien plus de poil aux jambes que je n’en aurai jamais. Personne ou presque ne connaît son caryotype et beaucoup plus de personnes qu’on ne le croit seraient surprises du résultat (on parle de plus d’une personne sur cinq-cent !). Nombre d’enfants naissent avec des organes génitaux ne correspondant pas à ce qui est considéré médicalement comme une norme, et sont alors mutilés par les médecins. Cela arrive même et surtout en France, où la question des personnes intersexe est très méconnue et souvent considérée comme anecdotique.

Être féministe, en définitive, c’est avoir conscience de la manière dont est orientée notre société autour de ces simples faits. C’est avoir simplement conscience du fait que notre civilisation simplifie l’humain en le plaçant dans des catégories relativement grossières, laissant à penser que deux personnes porteuses de testicules auraient bien plus en commun qu’avec une autre, porteuse d’ovaires. Ce qui est pourtant absolument faux.

ACTU&TENDANCE

En terminant, tout comme d’autres motifs de distinction « visibles » avant eux, l’identité et l’expression de genre nécessitent que les professionnels et les professionnelles des ressources humaines, en tant qu’ambassadeurs et ambassadrices de leurs employeurs, s’intéressent à la question des personnes transgenres en milieu de travail. Ils se doivent d’agir comme agents de changement afin de mettre en place des politiques et des processus qui auront au bout du compte comme effet d’améliorer la qualité des relations en milieu de travail. Ce n’est qu’en abordant cette réalité de front, par l’information et la formation, sans se fermer les yeux, que des avancées pourront se faire. Les personnes intervenant dans le milieu de l’emploi à tous les échelons ont à gagner d’une telle proactivité qui permet à une entreprise de se distinguer sur le marché comme un employeur de choix. Elles sont, à bien des égards, comparables aux pionniers de l’établissement de politiques parentales, de l’égalité des chances ou de la diversité, entre autres.

Donc oui, en tant que femme transgenre, je suis féministe en m’épilant, en me maquillant et en aimant les jolies robes.

Le but ultime est justement la liberté autant que l’égalité en droits. Nous progressons, même s’il y a encore du travail.


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