Quand tu sais que c’est le bon moment tu sais quoi faire !

Ce texte a été réalisé par le magazine faunes et femmes pour les jeunes transgenres, pour tous ceux qui se posent des questions et qui veulent des réponses sans jugement. Vous pensez être transgenre ? Cet article va peut-être vous aider à y voir plus clair…

Les personnes transgenres présentées le plus souvent dans les médias déclarent avoir toujours connu leur identité de genre. Même celles qui ont commencé leur transition tard dans leur vie « savaient ». Si certains points ont déjà été évoqués dans des articles précédents, comme ce que veut dire être transgenre, il est toujours bon de refaire un petit topo là dessus, pour tous ceux qui ne sauraient où chercher. Voire d’apporter des précisions ou des infos supplémentaires qui n’auraient pas été traitées. Faunes et Femmes Magazine vous (re)dit tout.

Mais alors… comment ai-je pu passer totalement à côté pendant si longtemps, moi ? Et que fait-on après avoir réalisé qu’on est trans ?

À qui devrais-je parler ?

« Je me dis d’abord, à plusieurs reprises. Je le garde jusqu’à ce que je m’ennuie. Une fois que je m’ennuie, cela signifie que mon esprit a complètement assimilé ce que je dis. Ensuite, je serai prêt à en parler aux autres. mais j’ai pas eu cette chance mon meilleur amie à pris le devant en disant à mes parents  »

Céline, 28 ans

« Les gens ont eu toutes sortes de réactions à mon coming-out. J’ai perdu quelques amis et beaucoup de rendez-vous, mais la plupart des gens ont vraiment essayé de comprendre. Tout le monde ne peut pas l’obtenir, mais avec le temps et le respect, les gens ont appris à comprendre. »

Lucas, 23 ans

« La première personne à qui j’ai parlé était une amie à l’époque ; je lui ai dit avant que nous soyons en couple. J’ai également dit à deux amis proches, ma soeur, puis mes parents. Après cela, je me suis considéré comme absent et je ne l’ai plus caché. »

Sacha, 18 ans

Les choses se sont peut-être compliquées parce que la pression dans notre société atteint davantage les enfants au fur et à mesure qu’ils grandissent. Mais n’ayant pas des goûts stéréotypiquement « masculins » ni une éducation extrêmement genrée, je ne me suis confronté à aucune difficulté ou interdiction.

Mon genre et moi aux débuts de l’âge adulte

Après avoir emménagé seul•e pour débuter une classe préparatoire, je réalise que je suis totalement incapable de prendre soin de moi, je continue à avoir envie de me détruire et j’arrête même de manger (spoiler alert : ce n’est pas l’idée du siècle).

Un gros semestre de débandade culinaire ne m’empêche pas de devenir major de promo (mais quand on est mort•e, les bonnes notes ça sert pas à grand-chose). Je finis par être hospitalisé•e de force en hôpital psychiatrique. J’y suis resté•e un bon semestre.

Avec l’aide de certain•es psys, je finis bien par « guérir» autant qu’il se peut de mon anorexie. Mais je n’ai toujours aucune idée de pourquoi je me torture autant.

Certains jeunes s’arrêtent là et choisissent de faire une transition plus complète plus tard dans la vie, mais d’autres choisissent de commencer à vivre à temps plein en tant que genre identifié. Si vous choisissez de le faire, vous devrez peut-être parler à plusieurs personnes différentes. Vous devez absolument chercher de l’aide auprès d’un thérapeute, d’un groupe de jeunes, d’amis, de votre famille et d’autres personnes lors de ce processus.

Il n’y a aucune obligation de révéler votre identité à qui que ce soit. Cependant, beaucoup de gens trouvent très important de partager qui ils sont avec d’autres, surtout s’ils envisagent de faire la transition en public. Si vous décidez de partager votre identité, dites d’abord aux personnes avec qui vous vous sentez à l’aise et que vous pensez bien comprendre. Ils peuvent inclure un enseignant, un conseiller, une sœur, un frère, un parent, un ami ou des personnes de confiance dans un groupe de jeunes pour personnes gays, lesbiennes, bisexuelles et transgenres (GLBT).

Par exemple, je crois que certain•es ont mis le fait que je tende à me considérer comme un homme sur le compte de mon homosexualité. Alors qu’identité de genre et orientation sexuelle n’ont RIEN à voir ! 

On peut aimer jouer au cerf-volant, mais le faire depuis une plage de la Méditerranée ou au milieu d’un champ à Nancy, ça change tout de même pas mal le tableau (ceci n’est pas une métaphore sexuelle) (enfin je ne crois pas).

Que se passera-t-il quand je ferai mon coming-out ?

« Cela dépend de votre famille. La mienne m’accepte assez bien et maintenant, presque neuf ans après mon coming-out, me traite surtout comme si j’étais née fille. »

Talia, 27 ans

« Sortir en trans était la chose la plus difficile que j’ai jamais faite. Parfois, je ne peux pas croire que je ne l’ai jamais fait. Depuis lors, tout est arrivé très vite. Cela dépend de votre situation financière et de ce que vous voulez faire. J’ai commencé la thérapie peu de temps après mon arrivée et, dix mois plus tard, j’ai commencé un traitement à la testostérone. Ce qui compte, c’est que vous fassiez ce que vous êtes prêt à faire et au rythme qui vous met à l’aise. »

Samy, 22 ans

La transidentité et moi, histoire d’une découverte

À côté de ça, je me suis cherché, j’ai fait des collages, des dessins, des tours de parc en courant et en parlant tout seul. J’ai continué à lire beaucoup pour me trouver dans les mots des autres. De même, j’ai continué mon énorme visionnage compulsif de films, documentaires, séries (même en japonais sous-titré allemand !).

J’ai vu une psy pendant encore un an pour décortiquer tout ça, gérer le quotidien et ne pas retomber dans mes travers (de porc miam), parler de mon rapport à mon corps manifestement compliqué (d’où le symptôme anorexie)…

Et j’ai fini par tomber sur des personnes trans !

Mais ceux-ci aiment le foot et les tapes dans le dos, ont les cheveux très courts, refusent catégoriquement de porter des « vêtements de fille » depuis leur plus jeune âge…

Certaines personnes se sentent soulagées et heureuses quand elles se révèlent. D’autres ont l’impression d’être jetés dans une fosse aux lions, avec des défis de la part de leurs parents, de leurs amis et de leur famille. Vous aurez probablement l’expérience un peu des deux. Certains jeunes transgenres peuvent être confrontés à la violence à l’école ou chez eux. Assurez-vous de pouvoir parler à des personnes avant de vous rendre au public, pour cette raison. Au fur et à mesure que vous sortez, vous pouvez trouver PFLAG (Parents, familles et amis de lesbiennes et gays) une ressource utile. Pour faciliter votre sortie, entourez-vous d’autant d’informations, de connaissances et de soutien que possible.

Je découvre l’existence des personnes transgenres et surtout de quelques jeunes hommes trans.Même si je ne m’identifiais pas particulièrement aux femmes trans représentées la plupart du temps (des personnes assignées homme à la naissance, ayant souvent deux à trois fois mon âge, et une situation bien différente et souvent caricaturale), j’ai au moins découvert l’existence des personnes transgenres et surtout de quelques jeunes hommes trans.

Lorsque vous décidez des mesures à prendre, il peut être utile de parler de ces sentiments à d’autres personnes, par exemple un professionnel de la santé mentale compétent en matière d’identité de genre, des amis et des membres de la famille en qui vous avez confiance et d’autres personnes transgenres. Vous devriez vous exprimer comme vous vous sentez le plus à l’aise, sans pression des autres.

Certaines personnes qui se présentent comme transgenres n’hésitent pas à parler à un cercle d’amis proches. D’autres personnes choisissent de changer leur nom, leurs pronoms, leur style vestimentaire et leur apparence pour correspondre à leur identité de genre. D’autres encore choisissent de prendre des hormones et subissent une opération chirurgicale pour modifier leur apparence.

je dirais que 90% des gens n’ont aucun problème avec la transidentité… lorsqu’ils sont bien informés.

Le problème, c’est que 99% des Français•es sont mal informé•es sur tout ce qui touche au genre, même si le féminisme et la lutte contre les LGBT-phobies permettent déjà d’aborder le sujet ! Du coup, j’ai le sentiment d’être passé de « j’ai un problème avec moi-même » à « les autres ont un problème avec moi / j’ai un problème avec les autres ».

D’autres femmes transgenres peuvent se sentir attirées par les hommes et se définir comme homosexuelles pour contester la notion de genre « opposé ». Peu importe qui vous attire, soyez assuré que de nombreuses personnes transgenres ont des relations heureuses et saines avec des personnes qu’elles aiment.

Être transgenre a à voir avec votre identité de genre. Cela n’a rien à voir avec votre orientation sexuelle, c’est-à-dire qui vous attire. Certaines personnes transgenres sont attirées par les hommes, d’autres par les femmes, d’autres par d’autres personnes transgenres et d’autres par des personnes sans distinction de sexe. Les gens peuvent se définir avec des étiquettes différentes, en fonction de celui qui les attire. Par exemple, certaines femmes transgenres attirées par les hommes se définissent comme hétérosexuelles, car elles sont attirées par le sexe opposé.

Comment puis-je apprendre à m’aimer ?

« Pour moi, il faut continuer à me concentrer sur ce que j’aime en moi, ce que je pense être bon pour mon corps, sortir avec des personnes positives et éviter autant que possible les messages négatifs dirigés vers les femmes dans les médias. »

Rayan, 21 ans

« S’adapter à qui vous êtes vraiment est l’étape la plus importante que n’importe qui puisse faire dans cette situation. Jusqu’où vous décidez d’aller avec cela est important, mais jamais aussi important que de vous accepter parce que vous accepter vous conduira à vous aimer. »

Rachelle, 29 ans

Il n’est pas nécessaire d’être sur le point de mourir pour réaliser qu’on vaut quelque chose et qu’on mérite de vivre sans se cacher. J’espère simplement que la population sera davantage éduquée sur le genre et qu’un changement d’état civil libre (déjudiciarisé et démédicalisé) sera possible dans les années à venir en France.

Si vous venez de découvrir ou de reconnaître que vous êtes transgenre, souvenez-vous que vous êtes normal. Les grandes découvertes entraînent de grands changements dans la vie. Et il est normal de se sentir nerveux, inquiet et contrarié des jours à venir. N’oubliez pas non plus que découvrir quelque chose d’aussi important pour vous peut être une expérience vraiment incroyable. Vous avez une longueur d’avance dans votre parcours pour découvrir qui vous êtes vraiment. Et, avec ce parcours, le monde devient plein de possibilités ainsi que de défis. Vous commencez à connaître une autre partie de vous-même et c’est vraiment une opportunité formidable !

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Le côté désintéressé de la force : Les femmes au cœur de la vérité

L’opinion la plus commune veut que nous agissions toujours pour satisfaire un intérêt particulier. Ce serait donc, en un sens, l’égoïsme qui nous déterminerait à agir. La rubrique des « faits divers » ne confirme-t-elle pas d’ailleurs cette première impression, qui décline dans les plus hautes sphères de l’État, politiques, administratives et financières, et à travers les plus attristants scandales, sempiternellement le même fléau, celui, bien sûr, de la corruption ?

Le côté désintéressé de la force : Les femmes au cœur de l'innovation
@Presse / moneytalksnews.com

C’est dire comme jusque dans nos actions prétendument les plus désintéressées plane le plus inquiétant soupçon touchant leur rectitude morale. Pourtant, s’il est clair que nous serions bien naïfs de croire les hommes toujours sincères en leur aveu de vertu, faut-il pour autant renoncer à penser, premièrement la nature propre de l’action morale, et deuxièmement la possibilité d’une telle action ? Les hommes sont-ils absolument incapables de sacrifice, d’abnégation, de charité librement consentie ?

Que penser, alors, des héros, des martyrs et des saints ? Ne sont-ils que des imposteurs et des prestidigitateurs tentant vainement de maquiller leurs désirs, condamnés à agir encore et toujours par intérêt ? Mais dans ce cas, comment expliquer qu’ils aient pu délibérément choisir de se perdre ? Il y a là un problème qui mérite toute notre attention, et qui nous amènera pour ainsi dire à jouer Mandeville et Smith – et dans leur sillage Bentham – contre Kant. D’un côté donc la passion et son utilité sociale, l’égoïsme, que Luther déjà inscrivit au cœur de la réalité humaine, et de l’autre la vertu, le désintéressement et l’hypothétique force de l’idée du devoir vers quoi tend ce qui seul semble pouvoir la fonder, à savoir l’idée d’une force de l’idée [1]

La vérité est une valeur honorée dans nos sociétés. Depuis que nous sommes enfants, la communauté nous répète qu’il faut dire la vérité. Mais pourquoi la vérité est-elle toujours demandée et recherchée? Le terme de vérité est un terme difficile à appréhender, son sens fluctuant dans l’histoire de la philosophie.

Une recherche de la vérité doit donc s’accompagner d’une réflexion critique, ce que la philosophie permet de faire.
Si il y a toujours des passions qui sous-tendent la recherche de la vérité, il est néanmoins nécessaire de les maîtriser et d’en prendre conscience.

Psychologies : Qu’est-ce qui vous a conduites, l’une et l’autre, à interroger la force des femmes ?

Sophie Cadalen : On a beau considérer l’égalité des sexes comme un acquis indiscutable, femme et pouvoir continuent d’être des termes antinomiques. Celles qui l’exercent sont accusées d’être « phalliques », comme si cette autorité appartenait nécessairement aux hommes. Dans ma pratique, je suis frappée de voir combien les femmes, toutes générations confondues, continuent de se heurter à des représentations du féminin qui les ligotent, les plongent dans des questionnements qui peuvent paraître dérisoires, mais qui sont terribles : est-ce que je peux coucher avec cet homme ? Est-ce que je peux laisser mes enfants, prendre du temps pour moi, gagner plus que mon conjoint ?… La psychanalyse est une entreprise de libération. On se cogne fatalement aux images et lieux communs qui freinent notre émancipation. À mon sens, la vraie puissance, celle qui nous rend charismatiques, motivés et motivants, c’est d’oser nos désirs profonds indépendamment de ce que nous croyons devoir être en tant que femme ou homme.

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Diana Unlimited Hors série

Toute l’actualité en France et à l’international, décryptages et débats. L’Humanité, ♦ Désintoxication ♦ Invention ♦ Diabolisation ♦ Diversion. Si la non-violence est la loi de l’humanité, l’avenir appartient aux femmes. Qui peut faire appel au coeur des hommes avec plus d’efficacité que la femme.. DIANA UNLIMITED FAUNES ET FEMMES MAGAZINE est un magazine web qui place la femme au cœur de sa ligne rédactionnelle. Vous pouvez découvrir en temps réel toute l’actualité concernant les femmes et les actes qui les concernent. Quelles sont les rubriques de ce magazine féminin ? Pourquoi devriez-vous découvrir Culture Femme ? Ci-dessous quelques mots sur ce magazine web.

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Valérie Colin-Simard : Cette question de la puissance du féminin, je l’ai rencontrée dans mon propre parcours. Elle s’est posée à ma mère et à ma grand-mère avant moi. Ma grand-mère était non seulement licenciée ès sciences, mais aussi l’assistante de Marie Curie. Lorsqu’elle s’est mariée, mon grand-père l’a obligée à s’arrêter de travailler. À l’inverse, c’est ma mère qui pourvoyait à nos besoins, car mon père avait eu un accident cérébral. Elle m’a élevée dans l’idée qu’il fallait être indépendante financièrement, réussir professionnellement, serrer les dents. Elle était passée du côté des hommes, et je me souviens qu’elle regardait avec la plus grande condescendance ses amies femmes au foyer. Elle m’a ainsi transmis son mépris de ce qui, en moi, ressemblait de près ou de loin à une femme. Dans un premier temps, j’ai suivi le même chemin. Aujourd’hui, dans mon cabinet, je suis sidérée de voir le nombre de femmes qui, même brillantes professionnellement, s’accordent peu de valeur.

Comme moi autrefois, elles ont intériorisé les seules valeurs masculines de performance, de rationalité, de rentabilité, d’efficacité… et trouvent dévalorisantes celles que l’on associe au féminin. Par exemple, elles se coupent de ce qu’elles ressentent. Pour beaucoup d’entre elles, seul compte l’intellect. Des mots comme douceur ou vulnérabilité sont presque devenus des insultes. Et pourtant, exprimer ce que nous ressentons nous donne de la puissance. Nous ne le savons pas assez. Nous sommes tous à la fois puissants et vulnérables, homme et femme. Et notre force naît de l’acceptation de cette réalité.

S.C. : Ce malaise que vous décrivez, entre ce qu’elles s’efforcent d’être dans leur vie sociale et ce qu’elles sont dans leur intimité, ne me semble pas être l’apanage des femmes. Il est aussi le lot de beaucoup d’hommes qui ne se satisfont pas de la combativité, la dureté, l’investissement qu’on leur demande dans le contexte économique qui est le nôtre. De manière générale, il touche ceux qui sont aux prises avec un « devoir-être » homme ou femme dans lequel ils ne se reconnaissent pas.

V.C.-S. : Je suis d’accord, les hommes aussi peuvent se sentir coupés du féminin. Mais ils commencent à se réconcilier avec leurs émotions. De plus en plus, ils osent se montrer vulnérables. Les femmes, beaucoup moins. Elles mettent un point d’honneur à ne dépendre de personne. Certaines de mes patientes cherchent refuge dans la nourriture, seul soutien qu’elles s’accordent, et deviennent boulimiques. D’autres portent à bout de bras carrière et vie de famille sans s’autoriser à demander de l’aide à leur mari ou à leur entourage. Dans mon livre, j’invite les femmes à oser s’appuyer sur leurs vulnérabilités et à en découvrir la puissance.

Ce qui vous gêne, Sophie Cadalen, n’est-ce pas d’associer les qualités dont nous parlons à des pôles masculin ou féminin ?

S.C. : Je reconnais que nous sommes dans la dualité et l’ambivalence, tantôt forts ou faibles, dans la rationalité ou dans l’émotion. Freud préférait parler d’« actif » et de « passif » que de masculin ou de féminin, termes qui pouvaient prêter à confusion. Ce qui me dérange dans le fait de mettre la dureté, la force, la rationalité du côté des hommes, et l’intuition, la tendresse ou l’abandon du côté des femmes, c’est qu’on laisse croire à des « natures », masculine et féminine, fondées sur des différences physiques. Je préfère l’image chinoise du yin et du yang, symbolisant ces énergies complémentaires qui nous traversent dans un tourbillon propre à chacun.

V.C.-S. : Mais ces valeurs nous sont précieuses, elles sont une grille de lecture du monde et de nous-mêmes ! Parmi mes patientes, une chef d’entreprise ne comprenait pas pourquoi ses ordres n’étaient pas exécutés. Le jour où elle a osé dire : « Je suis inquiète pour la survie de l’entreprise, j’y ai pensé toute la nuit et j’ai vraiment besoin de votre soutien », ses employés se sont mis à coopérer. Savoir s’appuyer sur son féminin nous donne de la puissance. C’est aussi vrai pour les hommes. Notre nature profonde à tous, c’est d’être homme et femme à la fois. Il est urgent de retrouver l’équilibre entre ces deux facettes de notre être. Je parle évidemment du masculin et du féminin comme de principes, en aucun cas de dispositions naturelles.

S.C. : Pourquoi alors employer ces termes ? Ils entretiennent une forme de conditionnement. J’entendais ce matin à la radio un bout d’émission où il était question d’écologie. L’un des invités affirmait que la terre était le combat des femmes parce qu’elle était la mère matrice, ajoutant d’un ton faussement repentant : « Laissons la politique et l’économie aux hommes, elles ont bien mieux à faire. » Mais qui est cet homme pour me dire que je dois m’occuper de la terre, et laisser les entreprises aux hommes ? Ce type de discours est la conséquence logique des distinctions que vous faites.

On a beaucoup reproché à Margaret Thatcher de se montrer plus impitoyable qu’un homme, ou à Ségolène Royal de mettre en avant son identité de mère. Le pouvoir se conjugue-t-il différemment selon qu’il est masculin ou féminin ?

V.C.-S. : Le féminin n’est pas le seul apanage des femmes. Je me souviens du débat télévisé qui a opposé Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy entre les deux tours de la présidentielle. Avant de commencer, Patrick Poivre d’Arvor leur avait demandé comment ils se sentaient. Ségolène Royal a répondu d’un air pincé : « Très bien, très fière d’être ici, très heureuse, merci ! » Nicolas Sarkozy, lui, a osé développer ce qu’il ressentait, et cela lui a donné plus de présence. Il s’est appuyé sur son féminin.

S.C. : La féminité des femmes de pouvoir est sans cesse questionnée. Elle n’est jamais à la bonne place. Dans un magazine américain, il a été reproché à Hillary Clinton d’avoir
versé une larme en public. Elle aurait usé de son féminin de façon déloyale, comme on le reproche aussi à Rama Yade. Qu’elles en usent trop ou pas assez, le charme des femmes de pouvoir pose toujours problème. Celui de Barak Obama, lui, est reconnu comme une qualité supplémentaire. De leur côté, elles essuient des insultes d’une rare violence. Celles qui s’en sortent le mieux sont celles qui les laissent glisser pour revenir à leurs convictions politiques. Ségolène Royal a fait l’erreur d’entrer dans le jeu de la justification, d’en appeler à son ventre quand ce n’était pas le propos. Pas étonnant qu’on lui ait renvoyé cette question déplacée : « Qui va s’occuper des enfants ? »

On a récemment parlé d’affrontements en banlieue impliquant des gangs de filles, pour pointer le fait qu’elles deviennent aussi violentes que les garçons. Les filles justifient leur agressivité en avançant qu’il manque des figures positives. En gros, elles refusent d’incarner une féminité dominée.

V.C.-S. : La femme a été libérée dans la société, pas dans l’intimité. Nos grilles de lecture du féminin n’ont pas changé, nous les avons héritées de l’idéologie patriarcale : la maman et la putain. Ces carcans ne sont pas nouveaux.

N’avez-vous pas le sentiment qu’en associant le féminin à la douceur vous ne pouvez qu’agacer celles qui ne veulent pas être résumées à ça ?

V.C.-S. : Je ne dis pas aux femmes d’être seulement dans la douceur ! Je leur dis qu’elles ont le droit d’être fermes et douces à la fois. Je les invite à ne plus jouer le seul jeu des valeurs masculines et aussi à oser se réapproprier des valeurs du féminin telles que l’émotion, le lien, oser prendre le temps…

S.C. : Mais qui décide de ce qui est masculin ou féminin ? Sur quoi vous fondez-vous ?

V.C.-S. : Ces notions sont présentes et définies dans toutes les traditions spirituelles ou presque. Un livre, Le Sexe des âmes(1) de Charles Mopsik, montre ainsi la place des principes féminin et masculin dans le Talmud et la Kabbale. Dans le christianisme, les évangiles apocryphes nomment également le féminin et le masculin. Dans mon livre, j’ai voulu mettre ces concepts spirituels au service de la psychologie

S.C. : Les références à la religion nous mènent sur une pente glissante. Elles renvoient à des figures qui sont, pour moi, le prolongement fantasmatique des parents tout-puissants. Or, à mon sens, grandir, devenir adulte, élaborer sa propre masculinité ou féminité et trouver sa force supposent de pouvoir s’émanciper de ces imagos de père et de mère, dont on ne s’affranchit jamais complètement, mais qu’il faut pouvoir questionner pour être dans son propre désir.

1. Le Sexe des âmes de Charles Mopsik (Éditions de l’Éclat, 2003).

Ce qui est intéressant, c’est de comprendre pourquoi on continue de s’accrocher à ces images…

S.C. : Parce qu’elles donnent aux hommes et aux femmes un pouvoir auquel ils ne veulent pas renoncer. Celui, pour les premiers, de maintenir leur position de force dans la société et sur les femmes; celui, pour les secondes, de garder la mainmise sur le foyer et les enfants. Cet attachement est inconscient et n’empêche pas de s’élever en toute bonne foi contre la discrimination faite aux femmes. La psychanalyse nomme « phallus » cette puissance autour de laquelle nous construisons nos identités. C’est un symbole, celui du désir en érection. Ces phallus sont nombreux, chaque sexe brandit les siens : l’argent, la grosse voiture, la maternité, ou cette fameuse intuition féminine…

Mais, que la voiture explose, que l’intuition échoue, que la beauté se fane, et cette prétendue supériorité fond comme neige au soleil. La véritable force, celle que chaque individu, quel que soit son sexe, peut trouver, est celle qui n’est pas dupe de ces phallus, qui sait s’en servir sans s’identifier à eux, et qui s’appuie sur ses désirs singuliers. Dès lors, une femme sera puissante, qu’elle choisisse de planter des salades ou d’être entretenue par un homme. Sa force ne sera ni masculine ni féminine, elle sera celle de son désir.

V.C.-S. : Pour moi, si nous continuons de nous accrocher à ces images, c’est parce
que nous en avons besoin. Elles véhiculent un certain nombre de valeurs qui sont les
lunettes à travers lesquelles nous regardons le monde. Ces lunettes, nous avons aujourd’hui la liberté de les changer. Je voulais au départ intituler mon livre « Dieu est aussi une femme ». C’est écrit noir sur blanc dans la Bible : « Dieu a fait l’homme à Son image, homme et femme, Il le créa ». Il est donc, aussi, une femme. Et ce n’est jamais dit. Cela signifie que les valeurs du féminin sont en réalité aussi importantes que celles du masculin. Oser le féminin, c’est oser être soi.

Crédit photo : Diana ABDOU Éditrice En Chef Web | Diana Unlimited
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