Louis Adams

 Louis-chapitre 1

Je ne me suis même pas encore installé dans le fauteuil qui m’est destiné que je sens déjà le regard accusateur des pères de Marie-Rose me foudroyer sur place. Je ne les ai jamais rencontrés personnellement mais Marie, ma sœur, m’a déjà raconté certaines de leurs entrevues.

Par politesse, je tends une main qu’ils serrent froidement chacun leur tour et je m’installe sur le siège vide face au bureau, alors que le directeur prend place de l’autre côté.C’est la troisième fois que je suis convoqué ce mois-ci, mais c’est la première fois que j’ai la possibilité d’assister au rendez-vous.

Le silence qui règne rend l’endroit encore pire que dans mes souvenirs d’écolier ; cette école est la seule que j’aie jamais fréquentée et je n’ai jamais aimé ce bureau.Le directeur n’était pas le même alors, mais la pièce n’a pas changé. Toujours aussi triste, toujours aussi sombre.Je note tout de même l’investissement dans les ordinateurs et la touche de verdure pour égayer l’entrée – même si ce sont de fausses plantes.Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’on dirait le décor d’une série à l’ancienne avec laquelle j’aurais pu commencer ma carrière d’acteur.

« Eh bien… Nous sommes ravis de vous avoir parmi nous aujourd’hui. Je pensais que la tante des jumeaux serait là à nouveau, commence le directeur.
– Surprise, je réponds avec un sourire figé. Mais je peux l’appeler si jamais ça vous arrange de traiter avec elle. »

Mr. le Directeur rit comme si j’avais fait la meilleure blague du monde et ça me met mal à l’aise.Je n’aime pas que les gens se forcent à être aimables juste parce que je suis louis Adams.

« Donc… mes enfants ont encore fait des âneries ?, je demande pour recentrer la conversation.
– Oui, en fait…
– De la colle ! Ils ont mis de la colle dans les cheveux de notre Lola. »

D’après les dires de ma sœur, celui qui vient de prendre la parole n’est pas le flic. C’est l’autre.Celui qui perd patience toujours trop vite parce qu’il est trop inquiet. Celui qui prend les choses trop à cœur et trop personnellement. Celui qui a les yeux bleus et les cheveux châtains, complètement en bataille.

« Je suis désolé, je tente maladroitement.
– Oh oui, vous pouvez l’être. Un tel manque de correction devrait vraiment vous alarmer, me répond le papa aux yeux bleus.
– Hm… oui, ça m’alarme. », je lui affirme, les lèvres pincées, vexé par cette réflexion désobligeante.

Je pose à nouveau mes yeux sur le directeur parce que je n’ai pas envie d’entendre le refrain que la plupart des inconnus me chantent à longueur de journée à propos du manque d’éducation de mes enfants.Quand on est une personne publique, les gens ont le jugement facile ; Ils se disent que, parce qu’ils ont lu une biographie et quelques pages d’un magazine, ils vous connaissent, et que s’ils vous connaissent, alors ils peuvent porter des jugements. Mais ce n’est pas le cas, personne ne devrait avoir son mot à dire.

« Et donc, quelles sont les solutions que vous proposez ? », je demande à l’attention du directeur.

S’il nous convoque, c’est certainement parce qu’il a une solution et j’aimerais vite la connaître pour pouvoir rentrer chez moi. Sauf qu’il n’a pas le temps d’exposer son point de vue car l’émotif transi reprend la parole.

« Éduquez vos gamins ! », il tonne sur un ton pète-sec.

Ma tête se tourne à nouveau vers mon voisin.Lentement. Je n’ai pas envie de perdre mon sang froid, mais je ne supporte pas qu’on me rabaisse comme il vient de le faire. Je crois que le flic le remarque car il se manifeste enfin.



« Louis, c’est bon. On peut essayer de trouver une solution calmement. », il répond pour tempérer, en posant une main sur la cuisse de son compagnon.

julien, c’est le flic qu’elle aime le moins dans le couple ; avec son regard brun sournois et ses cheveux coupés courts, comme s’il sortait de l’armée. Il a l’air strict, c’est vrai, mais jusqu’ici, c’est le plus courtois des deux.

« Peut-être que nous pourrions leur faire pareil et qu’ils comprendraient enfin que ce n’est pas bien ?, propose l’émotif aux yeux bleus.
– Excellente idée, je réponds avec sarcasme, parce que c’est bien connu qu’il faut faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse !, j’ajoute en me levant. Écoutez, je n’ai pas de temps à perdre.Mes enfants n’ont jamais été en collectivité de leur vie.Ça fait seulement trois mois qu’ils se retrouvent confrontés à la vie en communauté et ce n’est simple pour personne. Alors je fais ce que je peux mais ils sont deux et parfois, ils ne s’écoutent que l’un et l’autre. »

Ma défense sonne plus comme un cri de désespoir que comme un argument qui donne raison à mes enfants, mais j’ai très peu d’autorité sur eux et je passe mon temps à être dépassé par leur comportement. Je n’y peux rien si je n’y arrive pas.

« Séparez-les. », propose soudainement le flic.

Son ton est ferme, son débit lent. Il affiche un air fier et c’est à ce moment-là que je comprends pourquoi ma sœur ne l’aime pas du tout.

« Hors de question !, je réponds vivement en me tournant vers le directeur qui semble approuver l’idée.Je ne suis pas d’accord : les garder dans la même classe faisait partie des conditions pour qu’ils intègrent cette école et je suis désolé, mais je refuse que ça change.
–Vous êtes souvent désolé, vous. Non ?, me demande le flic. Vous êtes le genre de personnes qui agit en se foutant des autres et puis qui est désolé ensuite, c’est ça ? »



Ma mâchoire se décroche tant la gifle est violente. Mais pour qui est-ce qu’il se prend ce flic à la con ? Si j’avais besoin d’une analyse thérapeutique, j’aurais fait la démarche de rencontrer un psy moi-même.

« Allez vous faire foutre, Dr. Freud de mes couilles !, je m’emporte. Si votre fille savait se défendre, elle ne serait pas en train de chialer parce qu’on lui aurait foutu de la colle dans les cheveux, car les autres gamins la respecteraient ! Désolé si je n’élève pas des victimes. »

Le flic se lève pour pouvoir me faire face et je fais un pas vers lui avant que l’autre hystérique ne se mette entre nous et que le directeur se racle la gorge pour essayer de ramener l’ordre.

« Du calme, nous dit le chef d’établissement avec une voix mal assurée. Écoutez, je suis certain qu’il y a une solution : les jumeaux seront certainement punis à leur domicile et prévenus qu’à la prochaine bêtise de ce genre, ils seront séparés.
– Quoi ?, j’articule difficilement.
– Écoutez, je ne pourrais pas garder des enfants aussi turbulents au sein de l’école. Les règles sont les mêmes pour tout le monde. J’en ai déjà discuté avec votre sœur et…
– Très bien, je le coupe. Merci de m’avoir reçu, j’ajoute en me tournant vers les parents de Marie-Rose pour leur sourire faussement. Messieurs. », je murmure à leur attention pour les saluer.

Je tourne les talons pour me diriger vers la porte et je sors. Avant de rentrer une dernière fois pour ajouter :

« Veuillez excuser mon impolitesse, je n’aurais pas dû dire ça à propos de votre fille. Elle a l’air tout à fait adorable.
– Mr Styles ?, m’interpelle le directeur.
– Oui ?
– J’avais prévu un entretien légèrement plus long, il m’explique.
– Oui, mais il me semble que nous nous sommes tout dit. Mes enfants sont mal élevés, il faut leur mettre de la colle dans les cheveux ou les séparer parce que les règles sont les mêmes pour tout le monde. »

Un froid que même Elsa la Reine des Neiges n’aurait pas réussi à jeter suit ma phrase et j’en conclus que c’est la fin de la conversation.

« Ma sœur viendra la prochaine fois, je crois que ça arrangera tout le monde. »

L’émotif a l’air désolé, le flic me regarde de travers et j’ai l’air du pire père qui soit. Mais ce n’est pas vrai, je ne suis plus un mauvais père. Je ne sais pas toujours comment m’y prendre, mais c’est nouveau pour moi alors j’aurais aimé un peu plus d’indulgence.

Je reprendrai rendez-vous avec le directeur seul, plus tard. Hors de question que je continue de passer pour un imbécile comme ça devant d’autres parents d’élèves. Je quitte définitivement le bureau et je m’abaisse auprès des enfants.

« Écoutez-moi les terreurs des bacs à sable, je ne veux pas savoir qui a fait quoi, c’est clair ? Mais ce n’est pas la première fois que vous vous retrouvez ici et ce n’est vraiment pas bien. », je gronde.

Ils baissent la tête et je m’en veux immédiatement. Je suis même prêt à m’excuser et à les prendre dans mes bras, mais je sais que je suis écouté de l’autre côté de la porte.

« Alors maintenant, vous vous excusez tous les deux auprès de Marie-Rose. Allez, j’insiste en voyant leur mine boudeuse.
– Pardon Marie-Rose, ils marmonnent d’une même voix, sur un ton monotone.
– Bien. Et vous avez même gagné le droit de l’inviter à jouer un après-midi. C’est une chouette petite fille, pas vrai ? »

Je souris à Marie-Rose et elle me rend le sourire sans hésiter. Je réalise que ma proposition est peut-être un peu précipitée lorsque j’entends des “hors de question” ou “il ne le fera pas” derrière la porte du bureau.Ils vont voir si je ne vais pas les contacter pour leur prouver que je peux arranger les choses sans que mes enfants ne soient séparés.

« Je contacterai tes parents, je conclus à l’attention de la petite blondinette qui me regarde avec ses grands yeux bleus, les mêmes que ceux de son père. Allez, en route les monstres ! »

Mes deux bébés – qui n’en sont plus vraiment – sourient à nouveau et me sautent au cou. Je me relève avec un équilibre précaire et nous partons tous les trois pour quitter l’école maternelle.

Je réentends ma mère me dire qu’essayer de les scolariser n’est pas une bonne idée, qu’ils sont deux et que, pour l’instant, c’est suffisant. Je la réentends me dire qu’ils n’écoutent déjà pas leur père alors : « Bon sang, mais qu’est ce que tu veux qu’ils fassent dans une école, hein ? Ils sont trop en avance sur les autres, ils vont s’ennuyer, faire des bêtises et se faire disputer. »

Évidemment, je veux lui prouver qu’elle a tord et je refuse de baisser les bras – même si elle a drôlement raison pour le moment. 

Je prends le temps de correctement attacher Nola et Thaïs dans leur siège auto et je monte à l’avant.Je suis en vacances depuis une demi-journée seulement et c’est déjà le chaos.Mais je sais que tout ça ne fait que commencer parce qu’ils n’ont que cinq ans et je sens que la vie de père célibataire va encore me résonner dans les oreilles comme un échec cuisant.

« Pourquoi on peut pas rester avec toi quand tu travailles pas ? », me demande Thaïs avec la mine boudeuse.

Je peux la voir à travers le rétroviseur, les bras croisés, ses sourcils froncés et ses cheveux blonds complètement emmêlés. Je vais encore passer des heures à la brosser pendant qu’elle se débattra car elle voudra aller jouer.

« Pourquoi t’as détaché ta queue de cheval ?, je demande.
– C’est moche ! », elle répond, fâchée.

J’affiche un air blasé parce que j’ai passé du temps à la coiffer ce matin et qu’elle ne fait même pas semblant d’en avoir conscience.

« Vous ne pouvez pas rester avec moi parce que tous les enfants vont à l’école et que vous devez y aller aussi, je leur explique.
– Mais c’est nul l’école. On préfère quand c’est tata qui le fait, réplique Thaïs.
– Oui, je sais. Mais comment est-ce que vous voulez vous faire des copains si vous ne rencontrez pas d’autres enfants, hein ?, je tente.
– On n’en veut pas. », ils se défendent en même temps alors que je soupire.

Si je n’étais en train de conduire, j’aurais très volontiers laissé ma tête s’écraser sur le volant pour pouvoir me rendre sourd avec le bruit du klaxon.

« Sauf que ce n’est pas vous qui décidez, je tranche aussi gentiment que possible. C’est pour votre bien.
– Tu nous aimes plus ?, me demande Thais avec une petite moue, juste histoire de me faire culpabiliser.
– Quoi ? Rah mais non. Vous ne commencez pas avec ça, d’accord ? Je vous connais tous les deux, hein. Je vous connais. Vous arrêtez tout de suite. Vous savez très bien que je vous aime, et exactement pareil. Mais je vous ai déjà expliqué qu’il arrivait que les adultes fassent des choix pour les enfants et que même si vous n’êtes pas d’accord, c’est toujours pour votre bien. Toujours. »

Pour toute réponse, ils font le truc que je déteste le plus au monde : parler dans une langue qu’ils ont inventée pour ne pas que les adultes comprennent. Génial.

Lorsque nous arrivons, je repère les trois ou quatre paparazzi qui campent devant le portail de ma propriété et j’ouvre la fenêtre en leur demandant gentiment de ne pas prendre en photo le visage de mes enfants.

Je traverse le parc alors que le portail électrique se referme derrière nous et je comprends vite que je dois me préparer à lire tout un tas de conneries sur moi dans la presse à scandales de demain. Parce que je suis enfin chez moi et que j’ai l’air de me rappeler que j’ai des enfants.

Parfois, en y réfléchissant vraiment bien, je n’ai pas envie que les jumeaux grandissent. Je n’ai pas envie qu’ils apprennent à lire.                                                                              * * *La fin d’après-midi a été longue et la soirée encore plus.J’ai l’impression de ne pas avoir vu mes enfants depuis tellement longtemps qu’en plus de mon impatience, je suis incapable de les gérer. Pourtant, lorsque je suis loin d’eux et que je ne peux pas les emmener avec moi, il ne se passe pas un jour où je ne leur parle pas.C’est vrai que le tournage de mon dernier film a été vraiment long et que j’aurais aimé me reposer un peu, mais c’est impossible lorsqu’on est parent de Nola et Thaïs.

« Papa !! Thaïs m’a caché ma pièce de puzzle !
– Parce que Nola m’a pris mon doudou ! », il se défend.

Après ça, je n’arrive plus à suivre ; ça crie, ça s’accuse et quand ça commence à se pincer et se mordre, je suis obligé de courir jusqu’à eux pour les séparer. Athéna se jette entre mes jambes, en larmes et tenant son bras.

« Hey mais ça va pas ou quoi ?, je me fâche en prenant ma fille dans mes bras pour la calmer. Thaïs bon sang mais est-ce que t’es un chien ? 
– Non, il répond en me regardant droit dans les yeux, avec un air de défi.
– Alors pourquoi tu mords ta sœur ? T’as pas assez mangé tout à l’heure, c’est ça ?, je demande alors qu’il se met à rire. Excuse-toi, Achille, y a vraiment rien de drôle.
– Pardon, il soupire avec agacement.
– Va t’asseoir là-bas, j’ajoute en désignant la petite chaise bleue dont il se sert lorsqu’il dîne sur la table basse devant la télé.
– Je suis puni ?, il s’étonne avec ses yeux grands ouverts.
– Bien sûr que oui, t’es puni ! T’as mordu ta sœur !
– Mais c’est elle d’abord ! C’est elle qui a commencé à me pincer !! », il rétorque.

Mon fils de cinq ans me répond effrontément et ma sœur le punit pour ça, elle dit que c’est de l’insolence. Je sais que je dois sévir, mais il me fait de la peine.

« Tu discutes avec moi ?, je demande sévèrement.
– Non.
– Alors va t’asseoir. »

Il se résigne et rejoint sa petite chaise en tapant des pieds sur le carrelage, comme s’il avait l’intention de faire des trous dans le sol.

« Fais voir, je demande à Nola alors qu’elle calme ses sanglots.
– Nola c’est un pire-des-nia, elle pleurniche en me montrant son bras.
– Un quoi ?, je demande, sourcils froncés.
– Un pire-des-nia. Le poisson qui croque, papa !
– Oh, je souffle, sans être capable de m’empêcher de rire. On dit un piranha. Et non, ce n’est pas un piranha. C’est un petit garçon vraiment pas gentil.
– Si je suis gentil !, me coupe Thaïs.
– Non, tu m’as mordu comme un chien, rétorque Athéna.
– J’suis pas un chien !
– Si !
– Non !
– Si !
– Non !
– Ça suffit !!, je crie pour qu’ils se taisent. Bon sang mais qu’est-ce qu’il y a aujourd’hui ? Hein ? Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Un long silence suit ma question. Je me fâche rarement, mais je suis fatigué de les voir dans cet état.

« Sur le canapé. Tous les deux », j’ordonne fermement.

Je pose Nola sur le sol et je la laisse rejoindre son frère sur le canapé. Pour les avoir bien en face de moi, je m’installe sur la table basse.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui ne va pas, hein ? Pourquoi tu pinces ton frère ? Et toi ? Pourquoi tu mords ta sœur ? Vous n’avez jamais fait ça avant !
– C’est elle.
– Non, c’est lui !
– Stop. Stop ou vous allez vous coucher sans bisou et sans histoire.
– Oh non papa ! Toplait !, supplie Nola.
– Écoutez tous les deux. On est une équipe, non ? »

Ils hoche la tête à l’unisson.

« D’accord. Alors racontez-moi ce qui ne va pas, je demande.
– J’aime pas l’école, répond immédiatement ma fille.
– Nola… Mais c’est très bien l’école. Vous ne pouvez pas rester tous les deux toute votre vie, tu comprends ?
– Mais Thaïs il a des copains et pas moi. J’ai pas envie d’y aller.J’ai envie de rester avec toi. Toplait, toplait, elle quémande avec les larmes aux yeux.
– S’il te plaît, je la corrige avant de soupirer. Mais tu dois essayer mon bébé.
– Mais si on va à l’école alors on peut plus venir avec toi pour les voyages, elle me fait justement remarquer.
– Je vais trouver une solution, je promets. Ce n’est pas un problème.
– Tu vas rester ? », demande Thaïs.

Je m’apprête à dire non parce que c’est impossible, mais ils ont leurs yeux rivés sur moi avec tellement d’espoir que je dise oui que je suis incapable de dire l’inverse. Je les aime trop. Je serais prêt à n’importe quoi pour les rendre heureux et jusqu’ici, je crois que je n’ai pas fait mon maximum.

« Oui. Oui, je vais rester, j’affirme en réalisant que faire une promesse de ce genre à mes enfants, sans en avoir parlé avec Sophie, mon manager, c’est très risqué.
– Promis ? », ils demandent en même temps.

Tous les deux lèvent leur petit doigt et sans vraiment y réfléchir, j’y accroche les miens en signe de promesse.

« Promis, je dis. On va faire un marché tous les trois. Si vous vous tenez correctement à l’école, alors je vous promets de ne pas accepter de jouer dans un film jusqu’à la fin de l’année scolaire.
– Pour de vrai ?, ils demandent avec enthousiasme.
– Oui. Parfois je suis obligé d’aller à des fêtes pour mon travail, vous savez ?
– Oui. Quand tu bois les trucs qui rendent débile. », répond Thaïs.

Je fronce les sourcils, un peu surpris par son raisonnement.

« Hey, qui t’a dit ça ?
– C’est tata Marie. Elle a dit que t’avais vraiment eu l’air d’un imbécile la fois où t’étais tombé dans la rue.
– Thaïs il a écouté aux portes. C’est pour ça qu’il le sait, dit Nola.
– Sale cafteuse.
– Non, c’est toi !
– Non, c’est toi !
– Ok ! C’est bon, je tranche pour qu’ils se taisent. Papa fait des trucs débiles parfois, c’est pas grave. Ça arrive. Mais c’est fini maintenant, j’arrête. Puis regarde, t’as mordu ta sœur toi, tu crois que c’était intelligent ? Et toi ? T’as pincé ton frère. Voilà. On fait tous des trucs stupides.
– Est-ce que tu t’es fait mal quand t’es tombé ? », m’interroge Nola.

Je me sens tellement con que j’ai vraiment honte que mes propres enfants me posent ce genre de questions. Alors comme c’est moi l’adulte, j’ai le droit de changer de sujet.

« On était en train de parler sérieusement là. »

Les jumeaux se redressent correctement, signe que j’ai à nouveau leur attention.

« Alors voilà. On va dire que je ne partirai jamais plus de quatre jours, je dis en mimant le chiffre avec mes doigts.
– Oh non, alors. Deux !, dit Thaïs.
– Trois. Trois et c’est tout. », j’insiste pour avoir le dernier mot.

Ils boudent, mais la perspective de m’avoir tous les jours à leurs côtés semble de leur convenir. En faisant cette promesse, je sais que je devrais refuser énormément de soirées ou d’avant-premières et que Sophie va certainement venir m’agiter mon contrat sous les yeux en guise de menace ultime, mais mes enfants doivent devenir une priorité alors je ne regrette pas cette promesse. Pas encore, du moins. 

« Alors trois jours maximum, je répète. Mais vous devrez bien vous comporter à l’école. Je ne veux plus que vous embêtiez des enfants, que vous cassiez le matériel, que vous vous cachiez à l’heure du déjeuner. Interdiction de parler dans votre langue que personne ne comprend quand vous êtes à l’école aussi. Et quand la maîtresse dit quelque chose alors on écoute et on obéit. C’est le papa de l’école, d’accord ? Et quand papa dit quelque chose, qu’est-ce qu’on fait ?, je demande.
– On écoute et on se tait, ils répètent à l’unisson la phrase qu’ils ont apprise par cœur.
– D’accord. On ne tape pas, on ne mord pas, on ne tire pas les cheveux, pas de colle dans les cheveux non plus. Vous ne faites pas ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fasse. Est-ce que c’est clair ?
– Moi je vais pas tout retenir…, soupire Nola.
– Et si on n’est pas sages sans faire exprès ? », demande Nola.

Je soupire, complètement dépité.

« Faites un effort, s’il vous plaît. Sinon vous serez chacun dans une classe, séparés, et personne ne veut ça.
– Mais tu peux dire que tu veux pas, toi. T’as le droit de décider. », insiste Thaïs.

Si j’avais été plus fatigué, j’aurais pu pleurer tant leur débat incessant m’épuise. Ils ont toujours quelque chose à répondre et c’est très agaçant.

« C’est le directeur qui décide. C’est lui le chef à l’école. C’est pas moi. »

Thaïs fait le moue ; mais je crois qu’ils finissent par comprendre qu’ils doivent bien se tenir.

« Est-ce qu’on peut aller jouer avec des autres enfants ?, me demande soudainement Nola.
– Oui, bien sûr, je réponds avec enthousiasme.
– Moi j’ai pas envie, dit Thaïs.
– Mais pourquoi ? Regarde cette petite fille, là. Marie-Rose. Elle a l’air d’être très gentille !
– Tu sais, elle a un iPad et pas nous et elle dit que c’est bien les iPad et les autres enfants ils ont aussi des iPad et même pas nous !
– Vraiment ?, je demande, un peu blasé.
– Oui. Nous on fait les puzzles et on n’a pas d’iPad. »

Je soupire parce qu’à leur âge, je ne cèderai pas.

« Bon. Écoute, ce n’est pas le propos. Je vais inviter Marie-Rose à venir passer l’après-midi ici et tu verras, tu vas te faire une copine et ça ira mieux à l’école. Tu vas apprendre plein de choses, c’est chouette l’école, j’insiste.
– Mais t’as même pas été toi ! C’est tata qui l’a dit ! »

Je perds patience et même si j’essaie de prendre sur moi, il y a un moment où je sens que je m’énerve et ce moment est arrivé. Il faut également que j’ai une discussion avec ma sœur, parce qu’elle semble dire beaucoup de choses à mes enfants et qu’ils n’hésitent pas à s’en servir contre moi.

« Bon, ça y est. Vous avez trop discutez. Maintenant au lit, je n’ai plus envie de vous entendre, je soupire en me levant de la table basse.
– Pour toujours ?, demande Nola.
– Pour ce soir !
– Ah bah j’ai eu peur quand même. »

Je passe une main sur mon visage, incapable de ne pas me mettre à rire. Ils vont m’avoir à l’usure, je le sais.

« Allez les monstres. Au lit !
– On peut lire une histoire ?, demande Nola.
– On peut dormir dans ton lit ?, renchérit Thaïs.
– Oh oui ! On peut regarder un film pendant qu’on s’endort ? Hein ? Hein ? »

Je jette un œil à ma montre : il n’est même pas 22 heures et pour un vendredi, il est vraiment trop tôt pour que j’aille dormir également, mais je capitule.

« Ok, tous dans mon lit. On met Hercule et pas de discussion. », j’annonce.

J’ai le droit à un milliard de bisous, à des cris de joie et à tout plein de compliments à base de lune, de soleil et d’arc-en-ciel, puis d’un coup, ils filent à l’étage et le silence me presque fait du bien.

Au bout d’une vingtaine de minutes de dessin animé, mes jumeaux dormaient profondément, alors je me glisse hors du lit pour prendre une douche et réfléchir à tout ce qu’il s’est passé aujourd’hui. Parfois j’ail’impression de me noyer, d’être dépassé par les événements. Mais je ne peux pas craquer. Pas quand le monde entier me regarde.

FAUNES ET FEMMES MAGAZINE

Jean-Jacques Bourdin, en juin dernier. (Joel Saget/AFP)
French TV host and journalist Jean-Jacques Bourdin poses during a photo session at the head office of BFMTV in Paris, on June 17, 2021. (Photo by JOEL SAGET / AFP)

Jean-Jacques Bourdin: Enquête ouverte pour des soupçons d’agression sexuelle

Le Parisien révélait samedi matin qu’une plainte pour agression sexuelle avait été déposée mardi 11 janvier au commissariat du XVIe arrondissement de Paris à l’encontre de Jean-Jacques Bourdin par une ancienne journaliste de RMC et BFM.

Le côté désintéressé de la force : Les femmes au cœur de la vérité

L’opinion la plus commune veut que nous agissions toujours pour satisfaire un intérêt particulier. Ce serait donc, en un sens, l’égoïsme qui nous déterminerait à agir. La rubrique des « faits divers » ne confirme-t-elle pas d’ailleurs cette première impression, qui décline dans les plus hautes sphères de l’État, politiques, administratives et financières, et à travers les plus attristants scandales, sempiternellement le même fléau, celui, bien sûr, de la corruption ?

Le côté désintéressé de la force : Les femmes au cœur de l'innovation
@Presse / moneytalksnews.com

C’est dire comme jusque dans nos actions prétendument les plus désintéressées plane le plus inquiétant soupçon touchant leur rectitude morale. Pourtant, s’il est clair que nous serions bien naïfs de croire les hommes toujours sincères en leur aveu de vertu, faut-il pour autant renoncer à penser, premièrement la nature propre de l’action morale, et deuxièmement la possibilité d’une telle action ? Les hommes sont-ils absolument incapables de sacrifice, d’abnégation, de charité librement consentie ?

Que penser, alors, des héros, des martyrs et des saints ? Ne sont-ils que des imposteurs et des prestidigitateurs tentant vainement de maquiller leurs désirs, condamnés à agir encore et toujours par intérêt ? Mais dans ce cas, comment expliquer qu’ils aient pu délibérément choisir de se perdre ? Il y a là un problème qui mérite toute notre attention, et qui nous amènera pour ainsi dire à jouer Mandeville et Smith – et dans leur sillage Bentham – contre Kant. D’un côté donc la passion et son utilité sociale, l’égoïsme, que Luther déjà inscrivit au cœur de la réalité humaine, et de l’autre la vertu, le désintéressement et l’hypothétique force de l’idée du devoir vers quoi tend ce qui seul semble pouvoir la fonder, à savoir l’idée d’une force de l’idée [1]

La vérité est une valeur honorée dans nos sociétés. Depuis que nous sommes enfants, la communauté nous répète qu’il faut dire la vérité. Mais pourquoi la vérité est-elle toujours demandée et recherchée? Le terme de vérité est un terme difficile à appréhender, son sens fluctuant dans l’histoire de la philosophie.

Une recherche de la vérité doit donc s’accompagner d’une réflexion critique, ce que la philosophie permet de faire.
Si il y a toujours des passions qui sous-tendent la recherche de la vérité, il est néanmoins nécessaire de les maîtriser et d’en prendre conscience.

Psychologies : Qu’est-ce qui vous a conduites, l’une et l’autre, à interroger la force des femmes ?

Sophie Cadalen : On a beau considérer l’égalité des sexes comme un acquis indiscutable, femme et pouvoir continuent d’être des termes antinomiques. Celles qui l’exercent sont accusées d’être « phalliques », comme si cette autorité appartenait nécessairement aux hommes. Dans ma pratique, je suis frappée de voir combien les femmes, toutes générations confondues, continuent de se heurter à des représentations du féminin qui les ligotent, les plongent dans des questionnements qui peuvent paraître dérisoires, mais qui sont terribles : est-ce que je peux coucher avec cet homme ? Est-ce que je peux laisser mes enfants, prendre du temps pour moi, gagner plus que mon conjoint ?… La psychanalyse est une entreprise de libération. On se cogne fatalement aux images et lieux communs qui freinent notre émancipation. À mon sens, la vraie puissance, celle qui nous rend charismatiques, motivés et motivants, c’est d’oser nos désirs profonds indépendamment de ce que nous croyons devoir être en tant que femme ou homme.

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Diana Unlimited Hors série

Toute l’actualité en France et à l’international, décryptages et débats. L’Humanité, ♦ Désintoxication ♦ Invention ♦ Diabolisation ♦ Diversion. Si la non-violence est la loi de l’humanité, l’avenir appartient aux femmes. Qui peut faire appel au coeur des hommes avec plus d’efficacité que la femme.. DIANA UNLIMITED FAUNES ET FEMMES MAGAZINE est un magazine web qui place la femme au cœur de sa ligne rédactionnelle. Vous pouvez découvrir en temps réel toute l’actualité concernant les femmes et les actes qui les concernent. Quelles sont les rubriques de ce magazine féminin ? Pourquoi devriez-vous découvrir Culture Femme ? Ci-dessous quelques mots sur ce magazine web.

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Valérie Colin-Simard : Cette question de la puissance du féminin, je l’ai rencontrée dans mon propre parcours. Elle s’est posée à ma mère et à ma grand-mère avant moi. Ma grand-mère était non seulement licenciée ès sciences, mais aussi l’assistante de Marie Curie. Lorsqu’elle s’est mariée, mon grand-père l’a obligée à s’arrêter de travailler. À l’inverse, c’est ma mère qui pourvoyait à nos besoins, car mon père avait eu un accident cérébral. Elle m’a élevée dans l’idée qu’il fallait être indépendante financièrement, réussir professionnellement, serrer les dents. Elle était passée du côté des hommes, et je me souviens qu’elle regardait avec la plus grande condescendance ses amies femmes au foyer. Elle m’a ainsi transmis son mépris de ce qui, en moi, ressemblait de près ou de loin à une femme. Dans un premier temps, j’ai suivi le même chemin. Aujourd’hui, dans mon cabinet, je suis sidérée de voir le nombre de femmes qui, même brillantes professionnellement, s’accordent peu de valeur.

Comme moi autrefois, elles ont intériorisé les seules valeurs masculines de performance, de rationalité, de rentabilité, d’efficacité… et trouvent dévalorisantes celles que l’on associe au féminin. Par exemple, elles se coupent de ce qu’elles ressentent. Pour beaucoup d’entre elles, seul compte l’intellect. Des mots comme douceur ou vulnérabilité sont presque devenus des insultes. Et pourtant, exprimer ce que nous ressentons nous donne de la puissance. Nous ne le savons pas assez. Nous sommes tous à la fois puissants et vulnérables, homme et femme. Et notre force naît de l’acceptation de cette réalité.

S.C. : Ce malaise que vous décrivez, entre ce qu’elles s’efforcent d’être dans leur vie sociale et ce qu’elles sont dans leur intimité, ne me semble pas être l’apanage des femmes. Il est aussi le lot de beaucoup d’hommes qui ne se satisfont pas de la combativité, la dureté, l’investissement qu’on leur demande dans le contexte économique qui est le nôtre. De manière générale, il touche ceux qui sont aux prises avec un « devoir-être » homme ou femme dans lequel ils ne se reconnaissent pas.

V.C.-S. : Je suis d’accord, les hommes aussi peuvent se sentir coupés du féminin. Mais ils commencent à se réconcilier avec leurs émotions. De plus en plus, ils osent se montrer vulnérables. Les femmes, beaucoup moins. Elles mettent un point d’honneur à ne dépendre de personne. Certaines de mes patientes cherchent refuge dans la nourriture, seul soutien qu’elles s’accordent, et deviennent boulimiques. D’autres portent à bout de bras carrière et vie de famille sans s’autoriser à demander de l’aide à leur mari ou à leur entourage. Dans mon livre, j’invite les femmes à oser s’appuyer sur leurs vulnérabilités et à en découvrir la puissance.

Ce qui vous gêne, Sophie Cadalen, n’est-ce pas d’associer les qualités dont nous parlons à des pôles masculin ou féminin ?

S.C. : Je reconnais que nous sommes dans la dualité et l’ambivalence, tantôt forts ou faibles, dans la rationalité ou dans l’émotion. Freud préférait parler d’« actif » et de « passif » que de masculin ou de féminin, termes qui pouvaient prêter à confusion. Ce qui me dérange dans le fait de mettre la dureté, la force, la rationalité du côté des hommes, et l’intuition, la tendresse ou l’abandon du côté des femmes, c’est qu’on laisse croire à des « natures », masculine et féminine, fondées sur des différences physiques. Je préfère l’image chinoise du yin et du yang, symbolisant ces énergies complémentaires qui nous traversent dans un tourbillon propre à chacun.

V.C.-S. : Mais ces valeurs nous sont précieuses, elles sont une grille de lecture du monde et de nous-mêmes ! Parmi mes patientes, une chef d’entreprise ne comprenait pas pourquoi ses ordres n’étaient pas exécutés. Le jour où elle a osé dire : « Je suis inquiète pour la survie de l’entreprise, j’y ai pensé toute la nuit et j’ai vraiment besoin de votre soutien », ses employés se sont mis à coopérer. Savoir s’appuyer sur son féminin nous donne de la puissance. C’est aussi vrai pour les hommes. Notre nature profonde à tous, c’est d’être homme et femme à la fois. Il est urgent de retrouver l’équilibre entre ces deux facettes de notre être. Je parle évidemment du masculin et du féminin comme de principes, en aucun cas de dispositions naturelles.

S.C. : Pourquoi alors employer ces termes ? Ils entretiennent une forme de conditionnement. J’entendais ce matin à la radio un bout d’émission où il était question d’écologie. L’un des invités affirmait que la terre était le combat des femmes parce qu’elle était la mère matrice, ajoutant d’un ton faussement repentant : « Laissons la politique et l’économie aux hommes, elles ont bien mieux à faire. » Mais qui est cet homme pour me dire que je dois m’occuper de la terre, et laisser les entreprises aux hommes ? Ce type de discours est la conséquence logique des distinctions que vous faites.

On a beaucoup reproché à Margaret Thatcher de se montrer plus impitoyable qu’un homme, ou à Ségolène Royal de mettre en avant son identité de mère. Le pouvoir se conjugue-t-il différemment selon qu’il est masculin ou féminin ?

V.C.-S. : Le féminin n’est pas le seul apanage des femmes. Je me souviens du débat télévisé qui a opposé Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy entre les deux tours de la présidentielle. Avant de commencer, Patrick Poivre d’Arvor leur avait demandé comment ils se sentaient. Ségolène Royal a répondu d’un air pincé : « Très bien, très fière d’être ici, très heureuse, merci ! » Nicolas Sarkozy, lui, a osé développer ce qu’il ressentait, et cela lui a donné plus de présence. Il s’est appuyé sur son féminin.

S.C. : La féminité des femmes de pouvoir est sans cesse questionnée. Elle n’est jamais à la bonne place. Dans un magazine américain, il a été reproché à Hillary Clinton d’avoir
versé une larme en public. Elle aurait usé de son féminin de façon déloyale, comme on le reproche aussi à Rama Yade. Qu’elles en usent trop ou pas assez, le charme des femmes de pouvoir pose toujours problème. Celui de Barak Obama, lui, est reconnu comme une qualité supplémentaire. De leur côté, elles essuient des insultes d’une rare violence. Celles qui s’en sortent le mieux sont celles qui les laissent glisser pour revenir à leurs convictions politiques. Ségolène Royal a fait l’erreur d’entrer dans le jeu de la justification, d’en appeler à son ventre quand ce n’était pas le propos. Pas étonnant qu’on lui ait renvoyé cette question déplacée : « Qui va s’occuper des enfants ? »

On a récemment parlé d’affrontements en banlieue impliquant des gangs de filles, pour pointer le fait qu’elles deviennent aussi violentes que les garçons. Les filles justifient leur agressivité en avançant qu’il manque des figures positives. En gros, elles refusent d’incarner une féminité dominée.

V.C.-S. : La femme a été libérée dans la société, pas dans l’intimité. Nos grilles de lecture du féminin n’ont pas changé, nous les avons héritées de l’idéologie patriarcale : la maman et la putain. Ces carcans ne sont pas nouveaux.

N’avez-vous pas le sentiment qu’en associant le féminin à la douceur vous ne pouvez qu’agacer celles qui ne veulent pas être résumées à ça ?

V.C.-S. : Je ne dis pas aux femmes d’être seulement dans la douceur ! Je leur dis qu’elles ont le droit d’être fermes et douces à la fois. Je les invite à ne plus jouer le seul jeu des valeurs masculines et aussi à oser se réapproprier des valeurs du féminin telles que l’émotion, le lien, oser prendre le temps…

S.C. : Mais qui décide de ce qui est masculin ou féminin ? Sur quoi vous fondez-vous ?

V.C.-S. : Ces notions sont présentes et définies dans toutes les traditions spirituelles ou presque. Un livre, Le Sexe des âmes(1) de Charles Mopsik, montre ainsi la place des principes féminin et masculin dans le Talmud et la Kabbale. Dans le christianisme, les évangiles apocryphes nomment également le féminin et le masculin. Dans mon livre, j’ai voulu mettre ces concepts spirituels au service de la psychologie

S.C. : Les références à la religion nous mènent sur une pente glissante. Elles renvoient à des figures qui sont, pour moi, le prolongement fantasmatique des parents tout-puissants. Or, à mon sens, grandir, devenir adulte, élaborer sa propre masculinité ou féminité et trouver sa force supposent de pouvoir s’émanciper de ces imagos de père et de mère, dont on ne s’affranchit jamais complètement, mais qu’il faut pouvoir questionner pour être dans son propre désir.

1. Le Sexe des âmes de Charles Mopsik (Éditions de l’Éclat, 2003).

Ce qui est intéressant, c’est de comprendre pourquoi on continue de s’accrocher à ces images…

S.C. : Parce qu’elles donnent aux hommes et aux femmes un pouvoir auquel ils ne veulent pas renoncer. Celui, pour les premiers, de maintenir leur position de force dans la société et sur les femmes; celui, pour les secondes, de garder la mainmise sur le foyer et les enfants. Cet attachement est inconscient et n’empêche pas de s’élever en toute bonne foi contre la discrimination faite aux femmes. La psychanalyse nomme « phallus » cette puissance autour de laquelle nous construisons nos identités. C’est un symbole, celui du désir en érection. Ces phallus sont nombreux, chaque sexe brandit les siens : l’argent, la grosse voiture, la maternité, ou cette fameuse intuition féminine…

Mais, que la voiture explose, que l’intuition échoue, que la beauté se fane, et cette prétendue supériorité fond comme neige au soleil. La véritable force, celle que chaque individu, quel que soit son sexe, peut trouver, est celle qui n’est pas dupe de ces phallus, qui sait s’en servir sans s’identifier à eux, et qui s’appuie sur ses désirs singuliers. Dès lors, une femme sera puissante, qu’elle choisisse de planter des salades ou d’être entretenue par un homme. Sa force ne sera ni masculine ni féminine, elle sera celle de son désir.

V.C.-S. : Pour moi, si nous continuons de nous accrocher à ces images, c’est parce
que nous en avons besoin. Elles véhiculent un certain nombre de valeurs qui sont les
lunettes à travers lesquelles nous regardons le monde. Ces lunettes, nous avons aujourd’hui la liberté de les changer. Je voulais au départ intituler mon livre « Dieu est aussi une femme ». C’est écrit noir sur blanc dans la Bible : « Dieu a fait l’homme à Son image, homme et femme, Il le créa ». Il est donc, aussi, une femme. Et ce n’est jamais dit. Cela signifie que les valeurs du féminin sont en réalité aussi importantes que celles du masculin. Oser le féminin, c’est oser être soi.

Crédit photo : Diana ABDOU Éditrice En Chef Web | Diana Unlimited
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