Demander de l’aide, ce n’est pas un signe de faiblesse ni la fin du monde

Demander de l’aide, ce n’est pas un signe de faiblesse ni la fin du monde

Rien ne se passera comme il faut si vous ne prenez pas les choses en mains. Si à un moment donné, vous devez dire non pour vous concentrer sur vous. Vous avez également besoin de vous-même.

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Du simple coup de main au besoin d’argent, il suffirait parfois de demander. Et pourtant… Qu’il est escarpé le chemin de l’appel au secours ! Pourquoi tant de réticence à solliciter nos proches ?

Dans notre société hyper
individualiste, où l’autonomie est l’une des valeurs fondamentales, il est très difficile de demander de l’aide. Tous ou presque,
nous avons grandi avec cette idée que ne jamais rien demander à personne est source
de gloire. On est très fier d’ailleurs dès que l’on peut proclamer que nul ne nous
a aidé. Beaucoup ont peur de s’entendre dire qu’ils sont “assisté”, un terme qui revient
facilement sur le terrain politique ou social et qui est péjoratif.

Selon lequel nous ne devons pas invoquer Dieu en vain, tout en transmettant, avant l’heure, une idée chère au développement personnel moderne : nous pouvons beaucoup plus pour nous- mêmes que nous le croyons. Pourtant, dans notre société hyperindividualiste qui célèbre l’autonomie comme valeur suprême, automatiquement, nous la traduisons par : « Tu ne dois compter que sur toi-même. » Tous ou presque, nous avons grandi avec l’idée que ne rien demander à personne, jamais, est source de gloire. Nous sommes fiers de proclamer que nul ne nous a aidés.

Nous ne pouvons pas définir un temps concret qui puisse marquer universellement le moment de demander de l’aide. Les limites sont particulières, tout comme le sont les ressources. Donc, comment pouvons-nous prendre conscience des choses ? Chacun doit connaître les changements qui se produisent dans sa vie, ainsi que ce qui peut générer de la peur, de la tristesse, ou un manque d’envie ; ou ce qui enlève de leur saveur à toutes ces activités qui avant nous rendaient heureux.

Le marqueur permettant de demander de l’aide est en chacun de nous et nous devons savoir, en plus de l’identifier, laisser de côté notre fierté et avoir recours à quelqu’un qui puisse nous aider. Endurer et endurer sans limites, en laissant place à une absence de progrès qui nous démotive, ne nous mène à rien. En fait, une aide à temps est parfois une bataille gagnée.

Dans de nombreux cas, demander de l’aide nous donne une nouvelle opportunité de trouver de l’espoir, en nous sauvant d’une situation que nous pensions impossible à surmonter, mais pour cela il est important de savoir à qui faire appel et à quel moment. En repoussant les limites personnelles qui nous poussent à essayer de supporter seuls les choses, nous parvenons à nous ouvrir à quelqu’un et à nous laisser aider.

se battre seul

Demander de l’aide est un acte de courageux

Cacher ses sentiments, croire que pleurer est un acte faible, penser que nos forces vont plus loin que l’énergie qu’elles sont capables de nous offrir, adopter l’idée du fait que personne ne nous comprendra sont des fils qui peuvent finir par nous étrangler. Ni le fait de ne pas pouvoir avec tout (et nous n’avons pas à le pouvoir), ni le fait de montrer nos sentiments courageusement, ni le fait d’avoir recours à un spécialiste ne signifient capituler ou assumer sa défaite. Demander de l’aide démontre du courage, de l’intelligence et de la confiance.

Les batailles se gagnent avec un effort et avec une prise de décision intelligente. Etre intelligent implique également d’utiliser des outils que les autres ne nous apportent peut-être pas ou ne nous aident pas à trouver lorsque nous perdons notre trajectoire personnelle. Demander de l’aide est un acte courageux car cela implique de reconnaître le besoin, en plus de ne pas s’avouer vaincu, de retrouver l’espoir d’obtenir ce qui nous plairait.

Lorsque vous sentez que vous vous trouvez dans une situation qui vous déborde ; lorsque vous croyez que vous n’êtes plus la même personne qu’avant et que vous n’êtes pas heureux ; lorsque vous considérez que vous êtes arrivé assez loin tout seul ; lorsqu’avant vous pouviez ressentir la douceur des petites choses et que vous n’en êtes plus capable ; lorsque ce qui vous divertissait avant ne vous divertit plus et que vous ne trouvez pas d’autres activités qui le fassent ; c’est le moment. C’est le moment de demander de l’aide.

Quand on demande un coup de main ou un conseil, ce
qui peut gêner c’est qu’on se met un peu à nu puisqu’on révèle ses failles, ses
manquements, on craint que notre image en prenne un coup. Et lorsqu’il d’agit de solliciter une
aide financière c’est encore d’un autre niveau. Dans un monde
matérialiste, cela renvoie inévitablement à la honte de la pauvreté et de
l’échec social. C’est avouer : “Je n’ai pas réussi”. 

Il y a également la crainte de se sentir
redevable parce qu’on se retrouve
en position d’infériorité vis-à-vis de celui qui donne. Le sociologue,

 on se sent comme à sa merci, dépossédé de
nous-même. On devient, comme on dit, son “obligé”.

Le fait de demander de l’aide entraîne aussi le risque d’essuyer un refus. La demande semble être une
mise à l’épreuve du lien : ce n’est pas seulement : qu’est-ce qu’il
va penser de moi si je lui demande de l’aide ? C’est aussi, qu’est-ce que
je vais penser de lui s’il me la refuse ? A ce sujet, il y a une phrase
d’Epicure qui dit : “Ce n’est pas tant l’aide de nos amis qui nous aide,
que notre confiance en cette aide”
 .

Le tempérament a aussi son rôle à jouer, tout comme le contexte familial dans lequel on a grandi. Cette peur de déranger peut
résulter d’une enfance où, par exemple, on avait la sensation d’être en trop,
de ne pas avoir sa place dans la famille. Ou le contexte familial était
tel qu’on ne se sentait pas la possibilité d’exprimer nos besoins. Donc on a
pris l’habitude de les passer sous silence et de garder ses problèmes pour
soi.

Avant de demander de l’aide il est important de choisir les personnes
et de ne pas envoyer une demande un peu délicate à ses centaines supposés amis
des réseaux sociaux. Ensuite, un conseil donné par Isabelle Crespelle, analyste
transactionnelle, c’est de formuler les choses de façon posée, calme. Annoncer,
par exemple : “J’ai une demande à te faire : tu peux dire oui ou non.” Pour
laisser à l’autre la liberté d’aider ou pas, et parce que cela nous met en
position de demande, pas d’exigence. Et puis parce que cela veut aussi dire
qu’on est capable d’entendre un refus. Enfin, ce qui peut être utile pour oser,
c’est de savoir qu’un jour ou l’autre nous aurons sans doute l’occasion de nous
retrouver de l’autre côté, du côté de celui qu’on sollicite. Donc vous voyez,
cette demande qui nous paraît à priori honteuse et dangereuse pour nos relations
peut, au contraire, être une opportunité pour nourrir ce fameux “vivre
ensemble”
 . C’est l’un des bienfaits co-latéraux de ces temps de
crise : ils favorisent les mouvements d’entraide dont on a pu négliger
l’importance en temps de confort individuel.

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